Sur la route du grand nord

Sur la route du grand nord, le temps roule à petite vitesse, l’espace s’étend à perte de vue, la vie reprend ses droits, et tout concourt à les maintenir entiers. Je m’enfonce dans les bois, je ralentis comme le temps, je me perds dans l’espace, et je me fais esclave de la vie – ô toi souverain magnifique.

Cette nuit, mon toit est l’univers et ses innombrables mondes. Ma couche est l’herbe du pré. Je respire ce que la nature m’offre, un peu d’air et beaucoup de fraîcheur. Je me nourris du silence qu’elle me sert; généreuse et aimante elle donne et je ne lui offre en retour rien d’autre que ma présence qui ne dit pas toujours la bienveillance.

« Homme, prends, respire, vis ». La nature se donne entière. « Laisse-moi t’aimer, laisse-moi te faire l’amour ». La nature se donne entière.

Le grand nord est un périple qui se fait sans bagages, seul et nu. Je marche à travers les bois comme un nouveau-né. Où est ma mère, où est mon père. Où sont mes sœurs et mes frères.

Ils sont dans la racine invisible, le feuillage protecteur, la branche qui porte et soutient, la fleur sauvage et la douceur de son parfum. Ils sont dans les voix de la forêt, dans les chants du cours d’eau, dans les rythmes des rapides et des cascades, dans la profondeur des lacs, et l’éclat scintillant des rivières. Ils sont dans la boue noire des feuilles mortes, les bestioles qui tourmentent l’âme égarée en ces lieux désertés.

L’âme nue avance et s’enfonce loin dans le cœur de la terre. Loin du monde. Loin de l’humanité. Seule. Sans bagages.

 

 

Que suis-je venu chercher ici. Doit-on chercher pour trouver, peut-on se trouver sans chercher.

La route vers le grand nord est heuristique, l’eurêka archimédien est un accident, une trouvaille et une rencontre improbables.

Sous le toit de l’univers, sous le regard de ses mondes, allongé dans l’herbe, je respire, je me nourris, je prends tout ce la nature m’offre.

 

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