Poème désaccordé des rivages en variations symphoniques

(                                ) entre ces parenthèses, le silence d’un immaculé irradiant caresse le sable opalescent du désert ivoirin. D’un bout à l’autre des rivages arcboutés par le désert, l’invisible triomphe du rien, et il y a peu d’espoir d’y trouver le néant. D’un bout à l’autre du désert, l’océan lactescent avale monstruosité des abysses les radeaux perdus des adorateurs de la Méduse, et il y a à sa surface des poésies noyées, cadavres recouverts par le sable opalescent. De loin, cela s’observe comme des dunes.

(                                  ) entre ces parenthèses, le calme et la lumière n’ont pas l’éclat des astres éteints, leur virginité est un mirage d’un réel troublant, les errants dans le désert croient y voir l’étoile du berger sauf qu’ils se dirigent droit dans la gueule du loup. La caravane des âmes solitaires est une colonne d’ombres effacées, les chiens les chiennes les hyènes les vautours rôdent autour comme les adorateurs de Veau d’or aux visages de Baal sauf que cette fois-ci les sacristains ont des envies de festin de dieux, la caravane sera dévorée. Mathieu 26 : 26, « Prenez, mangez, ceci est mon corps ».

(                             ) entre ces parenthèses, les Avalés ont La joie du bleu profond, ils la scandent à tue-tête face à un public sourd et aveugle : « Tout m’avale. Quand j’ai les yeux fermés, c’est par mon ventre que je suis avalée, c’est dans mon ventre que j’étouffe. Quand j’ai les yeux ouverts, c’est par ce que je vois que je suis avalée, c’est dans le ventre de ce que je vois que je suffoque. Je suis avalée par le fleuve trop grand, par le ciel trop haut, par les fleurs trop fragiles, par les papillons trop craintifs ». Les Avalés sont recrachés par le public sourd et aveugle, Jonas vomi sur le rivage, les poésies noyées survivront et rempliront leur destin.

(                            ) entre ces parenthèses, la statue d’Istar se dresse tel un phare au milieu du désert, elle illumine le silence immaculé, le sable opalescent, le désert ivoirin. L’amant de la déesse de la guerre et de l’amour n’a pas survécu à l’Enfer ; la déesse, nue comme une ode-symphonie sans voix, est arrivée trop tard. L’Amant a été dévoré par le prince des dieux chtoniens, modeste repas en ces lieux de disette malgré l’abondance des prostitués et des damnés en tout genre, au Pandémonium la qualité qui transcende se fait rare. Istar a hurlé sa souffrance en Op 42 sur l’échelle de Vincent d’Indy, cela s’est entendu dans tout l’univers coincé entre ces crochets comme un poème insolite. L’insolite porté aux nues a fait danser les nuages, le soleil, la nuit, les étoiles. Les adorateurs d’Istar, amants et amantes répudiés ont érigé une statue de sel tournée vers l’horizon crépusculaire afin que nulle âme errante dans ce désert n’oublie sa douleur. Les âmes solitaires, celles qui disent le visage ne baissant pas le regard quand elles ont mal, celles qui regardent « le saule pleureur pleurer, laisser traîner ses rameaux mous comme des cheveux dans le courant » et qui se jettent dans ce saule comme elles furent avalées. Celles qui écrivent des vers invisibles invincibles indicibles dans lesquels l’hymne à leur solitude résonne dans l’espace aussi étroit qu’infini du désert comme un « Ma solitude est mon palais. C’est là que j’ai ma chaise, ma table, mon lit, mon vent, mon soleil. Quand je suis assise ailleurs que dans ma solitude, je suis assise en pays trompeur ». Les âmes solitaires seront dévorées.

(                       ) entre ces parenthèses, les tempêtes de mer ne sont que des tempêtes dans un verre d’eau, Réjean Ducharme sculpte dans le tumulte du monde cacophonique la statue d’Istar, le phare illumine d’un bout à l’autre des rivages l’invisible triomphant du rien, et il y a toujours peu d’espoir d’y trouver le néant. Les adorateurs de la Méduse sur leurs radeaux de fortune, se mangent les uns les autres d’une manière christique sont avalés par le désert ivoirin, l’océan lactescent. Le phare d’Istar n’arrêtera pas la monstruosité des abysses, ni les chiens les chiennes les hyènes les vautours. Et les plus Jonas d’entre eux, dégurgités, prendront leur poésie à leur cou, et iront tant bien que mal se pendre sous un pont. Mais tout ceci, se fera en dehors de ces parenthèses, dans un concerto pour piano N°2 et 5 de Camille Saint Saens.

 

 

 

 

 

 

 

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