« Transnational relations matter ». Oui… Et puis quoi?

Les textes de Risse-KappenBringing transnational relations back in : introduction », « Structures of governance and Transnational Relations : What We Have Learned » – tirés du livre Bringing Transnational Relations Back In : Non-State Actors, Domestic Structures and International Institutions) s’inscrivent dans le débat entre les institutionnalistes néolibéraux et les réalistes sur l’exclusivité et la prédominance de l’acteur étatique dans les politiques mondiales. Débat commencé dans les années 1970 avec Nye et Keohane qui par leur observation du phénomène transnational ont montré que le stato-centrisme avait de moins en moins de pertinence comme grille de lecture unique des relations internationales.

 

Le statocentrisme, quant à lui, désigne l’ensemble des doctrines, pratiques et politiques qui font de l’Etat l’acteur central (pour ne pas dire exclusif) du droit comme des relations entre les nations.

En relations internationales, le statocentrisme se divise en deux grands courants de pensée : le réalisme, d’une part, qui fait de la recherche de la puissance, de la sécurité et de la prospérité de la nation la raison d’être et la finalité de la politique internationale dans un monde anarchique, et l’interdépendantisme, d’autre part, qui présuppose au contraire que les sociétés développent et entretiennent des liens permanents, sont en interaction et recherchent en conséquence la coopération.« 

 

La nette et implacable réponse de Huntington à cette remise en question transnationaliste des relations internationales a donné l’impression que le débat était clos.

Tel que le souligne Risse-Kappen, c’était prématuré non seulement de le penser, mais aussi de clore la discussion. Car en ces années 1990 (le livre est publié en 1995) les acteurs transnationaux existent et ils comptent dans les politiques mondiales.

Substantiellement pour Risse-Kappen, il faudrait dépasser la controverse sur la nature État-centrée ou Société-dominée des politiques mondiales, afin de mieux examiner les relations presque d’interdépendance entre le système inter-étatique classique et la société mondiale dans laquelle évolue le transnationalisme. Cette proximité engendre des effets importants sur les deux systèmes et montre un degré significatif de réciprocité.

 

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Le transnationalisme compte, oui… et puis quoi ?

Comme mentionné précédemment Risse-Kappen, le transnationalisme compte et c’est l’objet de sa démonstration.

Seulement, même Huntington en 1973 dans son « Transnational Organizations in World Politics » le reconnaissait déjà le phénomène est historiquement attesté et a pour nouveauté la prolifération des acteurs transnationaux, la dimension de plus en plus mondiale de leurs opérations, leur forte spécialisation.

Le transnationalisme – (presque) tout le monde semble être d’accord – est un existant (indéniable) dans les relations internationales qui a une certaine influence sur le comportement étatique et qui lui-même n’est pas imperméable au contrôle de l’État.

Dès lors, la vraie question est : change-t-il fondamentalement la donne ? Et en quoi ? Clairement, le transnationalisme est-il dans ces années 1990 d’unipolarisation du monde, à l’aune de la mondialisation, avant le monde post-11 septembre, un phénomène qui fait la différence dans les politiques mondiales ?

Risse-Kappen n’y répond pas. Certes, l’intention de l’auteur est grosso modo de faire un état des lieux – pour le paraphraser « What we have learned » depuis les années 1970 – de la problématique transnationaliste, il n’en demeure pas moins qu’il aurait sans doute été intéressant une vingtaine d’années après le Choc Nye-Keohane et Huntington de voir de quelle façon l’existence d’acteurs transnationaux est un élément décisif dans l’adoption d’un comportement étatique spécifique.

Autrement dit, les acteurs transnationaux ont-ils eu un effet politique décisif et un rôle politique prépondérant dans la modification de l’attitude de l’acteur étatique (surtout dans le cas de « Grandes puissances » sur un enjeu mondial important et particulier) ? Dans quelles conditions et dans quelles modalités ?

Risse-Kappen tout en admettant l’insuffisance de cas empiriques étudiés, de l’insurmontable difficulté d’élaborer une méthodologie satisfaisante, suggère de noter que l’institutionnalisme (internationalisé appuyé d’un régime (international) régulateur – tel que défini par Krasner dans son « Structural Causes and Regime Consequences: Regimes as Intervening Variables » : « des principes, normes, règles et procédures des prises de décision implicites et explicites autour desquels les attentes des acteurs convergent dans un domaine donné ») offre a priori des conditions et des modalités pouvant servir d’opportunité pour les acteurs transnationaux. Mon sentiment est que l’argument est un peu court.

Si l’avantage de la réflexion menée par Risse-Kappen réside dans le fait de montrer que le transnationalisme entretient avec l’acteur étatique une proximité (mutuellement) transformationnelle, que le rôle joué par les structures de gouvernance (institutions internationales et structures domestiques) détermine l’impact des actions transnationales sur les politiques étatiques, cet éclairage s’entend aussi comme un écho du propos réaliste huntingtonnien.

De la sorte peut-on finalement considérer le transnationalisme comme une simple donnée intégrée dans un système inter-étatique classique dominant encore largement les politiques mondiales ?  Je crois qu’il ne saurait être ignoré parce que phénomène défroqué de son caractère (ou de sa prétention) « révolutionnaire ». Elle compte, et importe.

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