Space cowboy & Lunatic insanity

« Article 11
1. La Lune et ses ressources naturelles constituent le patrimoine
commun de l’humanité, qui trouve son expression dans les dispositions
du présent Accord, en particulier au paragraphe 5 du présent article.
[…]
5. Les États parties au présent Accord s’engagent à établir un régime
international, y compris des procédures appropriées, régissant
l’exploitation des ressources naturelles de la Lune lorsque cette
exploitation sera sur le point de devenir possible. Cette disposition sera
appliquée conformément à l’article 18 du présent Accord.
6. Pour faciliter l’établissement du régime international visé au paragraphe
5 du présent article, les États parties informent le Secrétaire
général de l’Organisation des Nations Unies, ainsi que le public et la
communauté scientifique internationale, autant qu’il est possible et
réalisable, de toutes ressources naturelles qu’ils peuvent découvrir sur la Lune.
7. Ledit régime international a notamment pour buts principaux:
(a) D’assurer la mise en valeur méthodique et sans danger des
ressources naturelles de la Lune;
(b) D’assurer la gestion rationnelle de ces ressources;
(c) De développer les possibilités d’utilisation de ces ressources; et
(d) De ménager une répartition équitable entre tous les États parties
des avantages qui résulteront de ces ressources, une attention spéciale
étant accordée aux intérêts et aux besoins des pays en développement,
ainsi qu’aux efforts des pays qui ont contribué, soit directement, soit
indirectement, à l’exploration de la Lune. »
– Accord régissant les activités des Etats sur la lune.
Lorsque l’Accord régissant les activités des Etats sur la lune (1979) (art. 11, paragraphe 1) (encore nommé « Traité sur la Lune » – pour une analyse détaillée de l’Accord voir ici) fait de la lune un élément constitutif du patrimoine commun de l’humanité, cela se comprend comme une déclaration de propriété avec les droits qui y sont inhérents (usus, fructus, abusus) et dont nous sommes tous titulaires. Une interprétation intuitive que semble confirmer une lecture rapide des paragraphes subséquents. 
S’il est possible de saisir l’intention derrière cet d' »acte de propriété » universel qu’est cet article (dont l’objectif est de ne pas rendre possible une « appropriation » unilatérale des ressources naturelles de la lune par un ou plusieurs Etats terriens, de faire appliquer sur la lune les mêmes obligations juridiques internationales que l’on trouve sur terre afin que l’espace ne devienne pas une sorte de far west), il est tout de même étrange que nous humanité puissions avoir – disons-le – l’outrecuidance de « légiférer » sur un espace qui n’est pas le nôtre (ce n’est pas parce qu’il est apparemment « vide », qu’il n’y a « rien », il est possible que malgré notre « grande » science nous ne soyons au fond que des primitifs incapables de « voir » ou d’entrer en contact avec ce « quelque chose » qui nous est invisible) et qui se situe en dehors des frontières terrestres, n’est-ce pas là une autre illustration de la prétention humaine à s’arroger le droit d’imposer (toujours au nom de nobles motifs – la « mission civilisatrice » aussi l’était à son époque) dans les Ailleurs sa conception et vision des choses? 
Cet article du Traité sur la Lune aurait pu simplement déclarer qu’il est interdit aux membres de la « famille humaine » d’exercer des activités (d’exploitation de ressources naturelles) sur la lune ou d’y mener des expériences et autres opérations qui ne seraient acceptables et tolérables sur terre, sans toutefois aller jusqu’à la déclaration de propriété.
En effet, cet article n’écarte pas ou n’interdit de façon absolue l’exploitation des ressources naturelles de la lune, seulement leur accaparement par une entité terrienne (Etat, Organisation internationale, etc.), son paragraphe 5 ouvre clairement la voie à une exploitation de telles ressources à condition d' »établir un régime international » (les paragraphes 6 et 7 vont dans le même sens en instaurant les modalités de l’exploitation). Il est ainsi possible de supposer qu’au nom de l’humanité, nous puissions vandaliser et piller la lune. 
En ces temps d’ultra capitalisme et de néolibéralisme triomphant avec les conséquences désastreuses dont nous sommes tous les témoins, « établir un régime international » – s’il s’avère que la lune est une opportunité d’affaire ou économique potentiellement viable (approuvée par Wall Street et Goldman  Sachs) – serait un jeu d’enfant, puisqu’il est claironné partout que le monde entier est désormais pro business.   Ainsi, poser la question de l’acceptabilité morale de cette éventualité, nous semble saugrenue. Ce qui est moral aujourd’hui est donc nécessairement pro business. Ce qui est moral de nos jours, acceptable, est nécessairement entre Friedrich Hayek et Milton Friedman. Fin de la discussion (?) 
Imaginons un instant que les heptapodes de Denis Villeneuve feraient une déclaration semblable dont la terre serait l’objet, qu’ils viendraient sur terre non pas comme dans l’oeuvre cinématographique pour nous faire don de leur langue, mais exercer leur droit de propriété au nom du « patrimoine commun des heptapodes », que dirions-nous, que ferions-nous? 
Le patrimoine commun de l’humanité ne saurait être une notion extensible au-delà de l’humanité. Je note à la suite de Robin Coupland que « humanité » est un terme ambigu. Selon moi, il couvrirait à la fois l’identité individuelle (biologique – génome, culturelle, psychologique, etc.), l’identité groupale (sociale, civilisationnelle, mémorielle, etc.), la reconnaissance de l’altérité, les valeurs morales et philosophiques que sont l’altruisme et l’humanisme, une éthique collective, l’ensemble des êtres humains et de la sentience, l’environnement dans lequel se trouve et évolue cet ensemble. Une telle élasticité définitoire aurait l’avantage d’étendre sa protection juridique à la plupart des situations dans lesquelles elle (l’humanité) serait menacée, de favoriser une interprétation « dynamique » des dispositions juridiques internationales. Mais également, de montrer que hors de ce vaste champs notre action n’est pas légitime indifféremment de la loi qui nous autorise).  
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Pour finir, sur un autre registre, sur une opinion très générale sur les « juristes internationaux » dont parle très brièvement le spécialiste du droit international public qu’est le  Prof. Sayeman Bula-Bula. Elle est très personnelle. 

« On sait le culte considérable que les juristes internationalistes, « ivres de concepts », selon la formule agacée, mais aussi agaçante du politicologue Raymond Aron, vouent aux mots. Les mémen­tos, les précis, les manuels et les traités de droit international fourmillent de concepts tels que Etat, nation, peuple, souveraine­té… et, depuis peu mondialisation, globalisation. Peut-être bientôt aussi clonage.

 

L’option levée consiste à s’investir dans l’autopsie du concept humanité qui se révèle particulièrement fécond. Puisqu’il écume maints chapitres du droit international. » –L’ambiguïté de l’humanité en droit international  par Sayeman Bula-Bula.

 

Oui comme le souligne le Prof. Sayeman Bula-Bula, les juristes internationaux (comme beaucoup d’autres) « vouent un culte considérable aux mots » et sont « ivres de concepts ».
Oui ils méritent l’accusation du discours blablatesque déconnecté de la réalité. De ne pas être pratico-pratiques dans un monde de rentabilité permanente et de l’immédiateté simpliste, de la réflexion consommable comme un fast-food. De ne pas être une présence aussi évanescente qu’un Snapchat avec tous ces émoticônes – les nouveaux hiéroglyphes égyptiens (certains diraient l’intelligence créative en moins) – sans lesquels la compréhension n’est désormais plus possible. 
De ne pas être suffisamment nus devant l’auditoire comme un exhibitionnisme nombriliste excitant le regard voyeur de la plèbe – or il est su de nos jours que pour être écouté, faut d’abord être regardé et plaire visuellement au public, les juristes internationaux ne se baladent pas (encore) avec leur attirail intime offert à la curiosité malsaine du public, ils ne sont donc pas sexy, c’est-à-dire un peu foutus.  
Ils méritent l’accusation de ne pas produire une pensée twitterisable qui puisse grâce à la contagion virale aller jusqu’à l’intérieur de chaque bulle tribale que sont les « social medias » (je reprends ici l’idée de re tribalisation des individus-cyborgs de McLuhan), bulle tribale dans laquelle se situe l’ individualiste aussi dématérialisé que toujours réel. 
Les juristes internationaux, dans un monde qui fait la guerre même en faisant l’amour, ou qui fait de l’amour une guerre comme une autre, sont des Aliens originaires d’une étoile morte (le droit international public).  Probablement saturniens aussi. Des Aliens avec un vocabulaire humaniste une passion humanitaire résonnant dans l’esprit de l’humanité, son interlocutrice, comme une sorte d’incantation cabalistique. L’humanité, regarde ces Aliens-là qui s’adresse à elle en langue « humanité » et, se demande : « C’est quoi ce charabia?! De qui et de quoi parlent-ils?! » Encore heureux qu’elle n’en exige pas l’expulsion hors des frontières de la terre. 
Voilà donc ce que sont les juristes internationaux qui ont fait le choix du droit international public comme d’autres font vœu de pauvreté (contrairement à leurs confrères du droit international privé) dans un monde foncièrement matérialiste. Amoureux des mots, fous des concepts, elle est là toute leur misère. 
Dans un monde qui prend trop souvent la parole et qui parle beaucoup pour ne dire au final rien de nouveau ou de particulier, comme pour meubler le silence – cette nouvelle phobie de l’individu, comme pour mettre fin à la solitude – cette nouvelle angoisse de l’individu, qui parle de tout sauf au fond de l’essentiel, qui déplace les sens des mots comme un escroc se barre avec le butin, qui ne sait plus trop à quoi renvoie les mots parce que personne ne s’intéresse plus aux univers qu’ils renferment, alors oui les juristes internationaux sont définitivement des Aliens.
Et quand comme le Prof. Sayeman Bula Bula, ils plongent dans l' »humanité » afin de sauver tout ce que l’on y noie, c’est un peu suicidaire. Voire une perte de temps, d’énergie, de salive. L’humanité est sur la lune. 
 
Houston we don’t have a problem
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