Les adieux du Moulin

Ceci est un exercice d’analyse et de rédaction en relations publiques. Le cas dont il s’inspire a pour auteur Marc Sévigny que j’ai eu dans une galaxie lointaine comme Me Jedi. Marc a été prodigieux, une Lumière éclairant le chemin du Padawan. Merci Marc pour tout (je me suis beaucoup amusé, autant dans la conception de la stratégie, du logo, et des textes, merci de cette opportunité, cela a été très excitant, merci Marc), ceci t’est dédié.

La situation fictive dont il est question ici est celle d’une entreprise qui est obligée de mettre fin à ses activités. Il s’agit de réfléchir à comment faire des adieux tout en préservant son image auprès du public (qui d’ailleurs a toujours apprécié l’organisation). Un exercice délicat. Il ne faut pas rater sa sortie. C’est la dernière impression que l’on laisse, et sans doute que l’on retient de vous. On ne l’oublie pas, facilement. 

L’exercice est structuré en trois temps : un communiqué interne (destiné aux employés de l’organisation), un communiqué externe (destiné aux médias et au public), et une conférence de presse au cours de laquelle le fondateur de l’entreprise fait une allocution. 

 

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Fin des activités économiques et fermeture définitive des boutiques Le Moulin à compter du 1er janvier 2017

Chers membres du personnel Le Moulin,

C’est avec tristesse que notre entreprise Le Moulin annonce la fin de ses activités économiques au Canada dès le 1er janvier 2017. C’est une décision douloureuse pour nous tous, car elle marque la fin d’un engagement collectif qui dure depuis 53 ans. Le Moulin pour chacun de nous est plus qu’un détaillant de vêtements, c’est une histoire canadienne de la mode. Une passion, une identité, une fierté, une famille.

Notre situation financière présente ne nous permet plus de poursuivre cet engagement. Nous avions espéré avec l’adoption de notre nouvelle stratégie « Le Moulin du XXIe siècle » en 2012 que nos efforts suffiraient à sauver notre marque. Malheureusement, notre dur travail n’a pas produit les résultats souhaités. Le contexte économique actuel, l’entrée de nouveaux concurrents étrangers très compétitifs, les changements des habitudes des consommateurs, impactent profondément notre modèle d’affaire. Depuis le début de cette année, nous avons enregistré une perte de revenus de 45.3 millions de dollars, 37% de plus à la même période l’année dernière.

Fermeture définitive et progressive, relocalisation du personnel affecté

La cessation définitive de nos activités se fera de manière progressive. Autrement dit, les 200 boutiques Le Moulin au Canada ne ferment pas leurs portes aujourd’hui et il n’y a pas de mises à pied prévus dans l’immédiat. Nous souhaitons que la transition se fasse dans le respect des valeurs que nous avons toujours incarnées. En ce sens, les premières fermetures prévues pour le mois de décembre 2016 concernent les magasins-entrepôts et seront l’occasion d’organiser une grande liquidation des stocks avant Noël. Le personnel affecté se verra offrir la possibilité d’être relocalisé dans les autres magasins environnants. Cette transition durera jusqu’au 1er janvier 2018.

Maurice rencontrera tous les employés du bureau administratif aujourd’hui à 8h30 et fera un appel conférence national avec tous les gérants des magasins à 9h. Une conférence de presse est prévue pour 11h au siège social.   Mélanie informera de façon régulière l’ensemble du personnel et répondra aux questions sur la situation.

Merci à tous et pour tout.

Maurice et Mélanie

 

 

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LE MOULIN MET FIN À SES ACTIVITÉS AU CANADA LE 1ER JANVIER 2017

MONTRÉAL (QUÉBEC), le 15 novembre 2016, 09h 15 – L’entreprise québécoise Le Moulin annonce qu’elle met fin à ses activités économiques au Canada à compter du 1er janvier 2017. Le Moulin prévoit la fermeture définitive et progressive de ses 200 boutiques sur l’ensemble du territoire national d’ici le 1er janvier 2018. Le Moulin ne prévoit pas dans l’immédiat la mise à pied de ses 1337 employés (700 au Québec).

« C’est une décision douloureuse pour l’entreprise et pour les employés parce que cela met fin à un passionnant engagement qui dure depuis 53 ans. C’est une grande histoire de la mode canadienne qui se termine. Face au difficile contexte économique actuel, l’évolution du marché avec le commerce en ligne, la forte baisse du trafic dans les centres commerciaux, l’entrée de nouveaux joueurs étrangers très compétitifs, les habitudes des consommateurs ont beaucoup changé. Malgré nos efforts pour nous adapter, notre modèle n’est plus gagnant et viable. », explique M. Maurice Moulineau, fondateur et président de la direction de Le Moulin.

Les premières fermetures prévues en décembre 2016 concernent les magasins-entrepôts du réseau. Les employés affectés seront relocalisés dans les autres magasins environnants.

« Notre objectif est de nous assurer que la transition pour notre personnel se fasse dans le plus grand respect et la plus grande dignité. Nos employés ont toujours été d’un grand soutien et au cœur de nos préoccupations.», souligne Mme Océane Boileau, vice-présidente en charge des ressources humaines de Le Moulin.

À cet effet, M. Maurice Moulineau a rencontré et échangé avec le personnel administratif mais aussi avec tous les gérants de magasins. Une conférence de presse est organisée aux bureaux montréalais de Le Moulin aujourd’hui à 11h précises.

Le Moulin a perdu 45.3 millions de dollars depuis le début de cette année 2016, soit une dépréciation de son action en bourse de 61%. En 2015, l’entreprise a vu diminuer de 56% ses revenus à 177 millions de dollars. L’adoption d’une nouvelle stratégie en 2012 mettant principalement l’accent sur le commerce électronique, la centralisation et la réduction des coûts de stocks, la restructuration avec la fermeture de 55 boutiques au Canada (2012, 2014), l’amélioration du service à la clientèle et de l’espace en magasin avec l’ajout des technologies, soutenue par une importante campagne marketing « Le Moulin à deal, c’est chic ! », l’aide du Fonds de solidarité FTQ, a permis en 2014 de constater une atténuation des pertes. Malheureusement, l’effet n’a pas été durable et suffisant. Le Moulin est contrainte de fermer ses portes.

À propos de Le Moulin

L’entreprise fondée en 1963 par Maurice Moulineau est une organisation montréalaise qui exerce ses activités économiques dans le commerce en détails de vêtements. Il est l’un des leaders de l’industrie de la mode canadienne depuis 53 ans. Sa mission est d’offrir la possibilité aux femmes et aux hommes de porter le vêtement comme ils assument leur identité. Entreprise familiale, elle compte près de 1330 employés au Canada, 200 points de vente repartis à Montréal, Toronto, Calgary, Vancouver. Pour plus informations visitez le http://www.lemoulin.ca/ .

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Mélanie Moulineau

Directrice des communications et du marketing

melanie.moulineau@lemoulin.ca

514- 573-5848

 

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Bonjour à tous,

Permettez-moi de commencer par une pensée pour ma famille, mon épouse Jeanne, ma fille Mélanie, et l’ensemble du personnel de Le Moulin. Cette famille sans laquelle mon rêve d’une grande marque de la mode canadienne exprimant, portant notre identité, sans complexes, n’aurait jamais été réalité.

Lorsqu’au printemps 1963, Le Moulin ouvre sa première boutique sur la rue Sainte-Catherine Ouest à Montréal. Ce jour-là, je n’étais pas seul. Nous étions cinq. Une petite famille, à l’époque. Jeanne, Audrey, Odette, Marie, et moi. Tous des employés, avec beaucoup d’énergie et de passion, au service de la dizaine de clients présents dans le magasin.

Sept ans plus tard, la famille s’était agrandie. Nous étions 500 employés repartis dans 50 boutiques au Québec, et près de 500 000 clients chaque année venaient nous voir comme on va demander conseil à un proche. En ce début des années 1970, nous accompagnions la Révolution tranquille. La liberté et l’audace. Avec pour mission d’offrir aux femmes et aux hommes d’ici la possibilité de porter le vêtement comme ils assumaient leur identité. Notre identité collective aussi, conçue ici par nous avec de la matière d’ici. Pour la première fois de notre histoire, la mode nous ressemblait davantage. Créative et de qualité. Accessible et économique. De Montréal à Vancouver en passant par Calgary et Toronto. Toujours animés par la passion, le respect, l’intégrité, l’esprit d’équipe, que dis-je, l’esprit de famille.

Pour le petit gars de La Doré à Saguenay-Lac-Saint-Jean, dessinant sur les vieilles planches en bois du Moulin des Pionners des robes de ma mère et des chemises à carreaux de mon père, qui rêvait de devenir les nouveaux Joseph-Charles Boulagert et Michael Slack, d’habiller de modernité la silhouette canadienne, je réalisais mon rêve d’enfant.

Aujourd’hui, le rêve se termine. Le Moulin cet autre chapitre de notre mode se referme. Je suis très fier de l’engagement que nous – je veux dire vous et moi, les médias, les fournisseurs, les investisseurs, les partenaires, le personnel dévoué, le public – avons maintenu sans interruption depuis 53 ans. De nos jours, si nous étions un couple d’amoureux, cela serait presque une anomalie.

J’aime beaucoup plaisanter avec ma fille Mélanie sur notre époque actuelle, jeune, belle et dynamique. Elle qui n’a pas connu la « petite provocation » de l’uniforme des hôtesses du pavillon du Québec de l’Exposition universelle de 1967 à Montréal, créée par mes amis Serge Sénécal et Réal Bastien. Pas véritablement le panache de la veste en fausse fourrure d’astrakan de mon autre ami Jean-Claude Poitras en 1988, ou son ensemble pantalon trois pièces en soie et lin pour femmes en 1997.

Mais c’est elle qui m’a fait prendre conscience de l’évolution majeure de la mode canadienne et du commerce de détail. Que Le Moulin ne pouvait plus se satisfaire d’être une référence, un lien émotif, une histoire. Et qu’il fallait commencer à vivre le XXIe siècle. Penser technologie, Millenials, réseaux sociaux, virtualisation de l’offre et encore plus de personnalisation du service. Nous étions en 2008, encore dans l’euphorie des « belles années », malgré la chute spectaculaire des ventes des détaillants canadiens entre 2001 et 2002, je n’ai pas su voir à temps que nous arrivions à la fin d’un cycle.

En 2012, l’intuition de Mélanie s’est confirmée. Le Moulin perdait de l’argent. Nos 255 magasins n’étaient plus aussi fréquentés que dans les années 1990-2000. La baisse de l’achalandage combinée aux coûts locaux de conception, fabrication et de distribution a été un coup dur pour Le Moulin. Nous avons connu des phases difficiles par le passé, les crises économiques de 1974 et de 1994, le Krach d’octobre 1987 et celui boursier en 2001, mais rien de tout ceci n’est comparable à la brutalité de la situation économique présente. L’ouverture des marchés a permis l’entrée de nouveaux gros joueurs mondiaux, mieux outillés, très compétitifs proposant des prix imbattables et qui ne connaissent pas la récession économique. Ceci ajoutée à la fidélité volatile du consommateur, au-delà de Le Moulin, c’est l’ensemble du commerce de détail qui est aujourd’hui en péril.

Face à cette réalité, chez Le Moulin, dès 2012, nous avons adopter une stratégie visant entre autres choses à bonifier notre offre en ligne et à renforcer via les nouvelles technologies l’expérience en magasin. Si dans un premier temps, cette stratégie a été payante avec une atténuation des pertes en 2013, elle n’a pas été suffisante pour renverser la tendance.

Force est de constater – et tous les investisseurs ici présents l’attesteront – avoir le plus beau site web ne suffit pas. Le problème me semble-t-il est plus grand et complexe. La vérité du commerce de détail à l’heure actuelle n’est pas uniquement l’absence ou la faiblesse de stratégie marketing web des acteurs nationaux, c’est aussi un peu celui des marges et du rendement financier des produits, l’optimisation de la production dans le contexte de la mondialisation. La question du dollar canadien. « Solutionner » cette vérité demande une réponse globale et cohérente. Certes de la part des détaillants nationaux – qui enregistrent encore cette année une baisse de vente en ligne d’environ de 7% (25% pour la musique) soit 28,8 milliards de dollars. Mais surtout des acteurs publics afin qu’ils s’assurent que la compétition déjà rude reste loyale, saine, équitable. Il en va de l’avenir du fait au Canada.

En ce qui nous concerne, Le Moulin a essayé de survivre. Je tiens à exprimer ma profonde gratitude à tous les 1337 employés qui ont donné sans relâche le meilleur d’eux. Je remercie les partenaires publics à l’instar du Fonds de solidarité FTQ pour l’indispensable soutien. Merci aux investisseurs qui en tout temps nous ont appuyé, ainsi qu’aux fournisseurs pour la qualité de notre relation durant ses longues années. Une immense reconnaissance pour le public qui a toujours témoigner envers la marque de la confiance et de l’attachement. Grâce à lui, Le Moulin a toujours su rester intransigeante avec ses valeurs. Nous ne nous sommes pas perdus. À cet effet, pour reprendre Romain Gary, il est moins grave de perdre que de se perdre.

Je vous remercie. 

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