Magical Lady

Cela fait quelques mois que je veux te parler de Sabine, la Magical Lady, mais faute de temps, faute de pouvoir prendre le temps (sans durex ou autre latex, à l’ancienne quoi), à cause d’un agenda surchargé – je veux dire toutes ces baises de pute-nymphomanophiles et autres de pute-nymphomaniaques et sans parler des conneries de nos quotidiennetés saturées de concubines de l’hémoglobine et de tous les restes aussi absurdes qu’incontestablement d’une humanité partant en couilles et autres clitoris, bref un agenda saturé m’empêche de te parler d’une Perle.

Sabine est notre angel-gardienne à tous. Quand je te dis « nous », je parle de tous les padawans qui se sont perdus ou égarés ou simplement parce qu’ils sont fous ou trop carriéristes ou pour le pognon comme une expectative de nobel et autres prix bling-bling ou chin-chin ou pour le titre très pompeux et présomptueux d’internationaliste (et autres Maîtres(sses) in something) ou juste parce que la photo de la cérémonie de remise de diplôme est si sexy et si cute pour dire si intello surtout lorsque de nos jours les analphabètes  fonctionnels sont le nouveau standard :

« Vois-tu, toi ignorant, toi illettré, toi inculte, vois-tu ma toge fuck-you de Maître(sse), vois-tu ma greatness, vois-tu à quel point je suis capable, vois-tu toi rien-du-tout tout ce que je suis fantastique, vois-tu à quoi ressemble la sélection naturelle darwinienne, j’te parle de darwin, tocard(e), pas d’harley quinn, laisse-faire t’es juste irrécupérable, hein quoi, oui je suis con-descendant(e), j’ai tellement sué du cul pour ça, alors oui je te con-descendante pas mal, ma toge fuck-you et mon beau diplôme si mimi te demande poliment mais si fermement d’aller te faire enculer (à sec), p’tite populace insignifiante, p’tit peuple d’en-bas ».

Bref – je te parle de moi et de tous ceux et celles qui sont moi, padawans en voie de devenir peut-être un jour (peut-être) des Me Jedi. Sabine veille sur nous ou du moins sans elle notre vie de padawan serait un vrai foutoir. Sabine ne le sait pas. Sabine est une magicienne.

Lorsque tu crois que ta situation est une apocalypse, quand tu te poses deux millions de questions sur le pourquoi ou le comment ou le pourquoi du comment de ta situation, Sabine est la magicienne qui rend tout si limpide, et cela comme si de rien n’était. Pas de baguette magique à la walt disney comme un vrai foutage de gueule. Pas de conte de fée. Pas de mysticisme, pas d’ésotérisme, pas de charlatanisme, bref pas de superwoman avec toujours cette espèce d’objet anachronique qu’est le gros caleçon – ovni dans les cieux de nos temps post-modernes, rien de tout ça, juste Sabine la Magical Lady.

Je vais te dire, Sabine je l’adore. Et tu ne le devineras pas, mais entre elle et moi, comme un grand classique de ma vie, au début c’était un vrai bordel. La plupart de mes relations sont celles qui débutent toujours sur du n’importe-quoi. Une détestation de l’autre, un mépris, une incompréhension, une indifférence, une haine, un « J’aime pas ta gueule » ou un « Pour qui te prends-tu ! », un « T’es un gros enculé ! », bref au commencement le verbe n’était pas paix il était guerre, incompréhensions ou simplement incompatibilités. This is war. Ce qui quelques fois, au fond, n’est qu’une autre façon de nous inviter à baiser.

A cet effet, je crois que les gens, comme moi, ont perdu, quelque part dans youporn et autres, la manière simple directe et claire de dire comme gainsbourg (un peu gainsbarre) balança à whitney houston : I want to fuck you.  Pas compliqué. Auquel je répondrai sans doute : T’es rasé(e) au moins? Et ensuite : T’es anal-logique? Parce que faut dire, j’aime – si tu ne l’avais pas encore saisi (depuis tout ce temps) – être dans la merde, remuer la merde, m’enfoncer dans la merde. Et si jamais la personne me répond : Ouais, bien sûr, j’aime aussi tout avaler, et je suis anulingue!coup de foutre direct. Fuck me, right now. Tu vois, il suffit juste de dire : I want to fuck you. Cela nous éviterait tant de guerre(s). 

De toutes les relations véritables que j’ai eues, que j’ai, la majorité est issue de la guerre. Ou de tout ce qui est loin d’être « Peace and Love », « Amour et Fraternité ». Je te l’ai dit si souvent, je suis un salaud, je me comporte comme un trou du cul, et donc je dois avoir un truc qui sent mauvais ou bizarre pour provoquer chez les autres des réactions que je ne comprends pas. Un salaud ne comprend pas toujours pourquoi sa saloperie indispose tant les autres, c’est un truc qu’il ne voit pas, ne sent pas. Ou comme les pets venant de son anus ça a pour lui quelque chose du chanel numéronazi, ça pue la rose ou disons il n’a pas l’impression d’être dans une chambre à gaz. Tu vois ce que je veux dire : tout le monde ou presque ne meurt pas asphyxier à cause de ses propres pets, c’est toujours un truc que l’on trouve supportable et quand ce n’est pas le cas, beh cela implique qu’autour de soi rien n’est plus vivant. Bref, un salaud ne se rend pas toujours compte de sa saloperie, il a la victimite facile, pas d’auto-critique. La salope aussi. Bref, le salaud que je suis ne comprend pas toujours le salaud qu’il est, pour les autres, et inversement.

Et qu’après coup, quand je finis par essayer de comprendre, ou que j’en arrive finalement à comprendre (ou mettons, que j’ai donné du sens pour ne pas finir dans d’atroces souffrances réflexives), je me rends compte du truc qui mérite la chaise électrique. Je suis un si incroyable trou du cul. Trou d’anus. Pas besoin de sentence, je vais m’asseoir sur la chaise.

Avec Sabine, j’ai été sur la chaise électrique dès le premier courriel. Je suis et je te l’ai si souvent dit d’une maladresse maladive, mais comme me l’a dit ernestine dernièrement : « Dav’ mon chou, tu es trop intelligent pour ne pas savoir ce que tu fais, pour ne pas t’en rendre compte ! » Ce à quoi j’ai répondu : « Er’ ma chou-girl daddy, je ne suis pas intelligent, tu me surévalues comme un warhol overrated ou comme des actions surcotées. » Elle a fait « Mouais ! » J’ai abandonné.  

Mon premier contact avec Magical Lady fût un désastre. Digne d’une dystopie. Je parlais et Sabine ne me comprenait pas, elle parlait et je me disais « Je lis tes mots et je dois être un analphabète fonctionnel, car je n’y comprends rien du tout ». A un moment, il a fallu réinitialiser notre relation, cela ne pouvait continuer ainsi. Ce reboot fût salutaire, je me suis mis à sa place et elle a fait preuve de compréhension ou d’ouverture.

Faut dire, Sabine prend très à cœur le respect des règles, elle est concise comme un micropénis circoncis (ce qui entre nous est simplement inconcevable, quand t’as un micropénis la moindre des choses c’est de ne pas charcuter le bout de peau qui donne l’illusion que le truc est plus long qu’il n’est, t’sé « Sauver les apparences »), et moi je déteste suivre les règles et comme tu le sais je ne suis pas un micropénis (ce qui avec moi est une incertitude ou un mythe de la vérité).

Bref, avec Sabine dès le premier courriel ce fût la guerre. Un peu comme lorsque j’ai dit à karlita qu’elle avait une face de bitch, ou que j’ai repoussé aux calendes grecques mon errance montréalaise avec la Princesse Leïla.

Repoussé aux calendes grecques, simplement parce que vois-tu si je dois errer avec la Princesse faut que ce soit un moment dans lequel je sois pleinement investi. Parce que la Princesse mérite mieux qu’une présence, spectrale ou factice. Parce que l’affection que j’ai pour la Princesse – comme pour dorothée pour jenny pour rose (qui n’est pas rose-hellène comme me l’a demandé une collègue dernièrement – rien n’a voir, pas rapport pantoute), pour les rares autres qui me plaisent vraiment (ce qui en fait est rare, les individus – je l’ai souvent dit et ces individus l’oublient un peu trop souvent – me font généralement chié, m’emmerdent, m’exaspèrent, ou renforcent malgré mon sourire faux mon état cadavérique, ou me donnent juste envie de baiser avec – ce qui n’est pas toujours signe d’affection mais qui peut être signe de considération d’un autre ordre qui ne soit pas juste de banalité ordinaire – faut dire, je ne suis pas une bite facile) – est si profonde que je ne peux être désinvesti ou factice.

Celles pour qui je ressens une telle affection – qui va bien au-delà de la simple considération I want to fuck you – sont dans leurs imperfections d’une authenticité à me ressusciter des morts. Ce que je ressens pour elles est une obligation de respect, d’elles – d’une façon qui ne soit pas seulement un respect ordinaire dû à la personne toute aussi ordinaire, je veux dire par-là la personne comme banale baise et autres trucs dans cette idée.

Et il serait irrespectueux de ne pas être dans le moment prétendument partagé. Alors, comme avec les autres, j’ai repoussé les vraies affaires aux calendes grecques. Ce qui ne manque pas souvent de provoquer la guerre. 

Le grand classique chez moi c’est la guerre d’abord, ou quelque chose qui s’y apparente, puis le(s) reste(s) si nous sommes toujours de ce monde. Ou si nous n’avons pas finalement choisi, ou que l’un de nous ait choisi, de nous exiler dans des mondes à part. Cela ne me pose pas de problème, je comprends et je me sens toujours responsable de tout ce foutoir – va savoir pourquoi, je suis sans doute un salaud avec un minimum de conscience (de l’autre), ce qui fait de moi un salaud idéal.

Mouais, me diras-tu, je ne te le contesterai pas, salaud et salope de ton état, toi mon semblable, tu as sans doute tes raisons de ne pas croire en cette histoire de salaud idéal.

Quelques fois, comme toi sans doute, j’ai envie de remonter le temps, tout en sachant ce que je sais par la suite, afin que les choses se déroulent autrement. Mais, la machine à remonter le temps c’est comme un pape ou un imam qui jouerait dans un film porno (hardcore, amateur, ou tout ce que tu veux – p’tit(e) cochon(ne) va), je veux dire de l’ordre de l’improbable.

Ce qui est est, le possible que tu as et que j’ai c’est ce qui devrait être. En tant qu’intention, but, objectif, en toute logique le possible comme un devrait-être est en soi un fait intentionnel (comme le dirait Fuller), et donc un être.

 

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Là, je t’emmène dans des univers philo’, entre le ought et le is de la loi (guillotine) de hume et son interdiction ou son impossibilité de l’inférence de l’être à du devoir-être. Loi qui vaut ce qu’elle vaut, puisque tu le sais dans certains cas l’être est un devoir-être, le raisonnement à l’indicatif (comme une proposition explicative ou compréhensive) possède quelques fois en lui-même des conclusions ou une conclusion impérative(s) (tu me diras une prescription). De telle sorte qu’une proposition de sens peut aussi être une prescription.

La nature descriptive ou compréhensive d’une proposition de sens peut ainsi être au fond ou en bout de compte d’une nature prescriptive. Prescrire un comportement ou une attitude donné(e). Si je t’explique que toi en tant qu’un existant tu es un être humain (d’après ce que j’observe, d’après certains critères, certaines propriétés), cette proposition de sens peut avoir en soi une prescription de te comporter comme un être humain (voire même de te faire rendre compte que tu es un être humain alors qu’en fait tu ne te voyais pas ainsi, tu sais certaines personnes se considèrent comme des extraterrestres) – par exemple, traiter l’autre comme tu aimerais être traité, elle peut ainsi prescrire une éthique ou une moralité dans son sens normatif.

Cette proposition de sens serait ainsi également un être et un devrait-être (ou un doit-être). Dans cette idée, cette proposition de sens, en fait, peut aussi contenir un jugement de valeur (tu es un bon être humain ou un mauvais être humain) dans le sens que je t’analyse en même temps empiriquement parlant (description, compréhension) que je t’évalue selon un système de valeurs particulier (qui peut être celui partagé par une communauté comme référentiel – moral, éthique notamment – ou simplement celui que j’ai intériorisé, pour dire qui est le mien).

Ce dernier point soulève tout l’enjeu de l’absolu respect de la neutralité axiologique wébérienne, ou du moins le sens anglo-saxon général que l’on en fait (celui supposément attribué à weber selon de ne pas émettre d’opinion personnelle afin de respecter les critères de neutralité scientifique de l’analyse – cf. Kalinowski et son livre La science, profession et vocation). Dit autrement, toute proposition de sens pour être scientifiquement recevable doit-elle être absolument ou totalement dénuée de jugement de valeur (être scientifiquement neutre)? Perso, je crois que c’est impossible, la neutralité scientifique est une chimère (cf. Pfefferkorn dans : L’impossible neutralité axiologique. Raison Présente, Nouvelles Editions Rationalistes, 2014, réduction et émergence dans les sciences, pp. 85-94), surtout dans les études humaines et sociales (droit, philosophie, sociologie, anthropologie, histoire, politique, relations internationales, voire même l’économie, etc.).

Maintenant, il y a une différence entre avoir un jugement de valeur ou émettre une opinion personnelle comme une conséquence d’une analyse et bâtir son analyse dans un jugement de valeur. Parce que cette analyse serait potentiellement biaisée, celui qui procède ainsi risquerait de ne pas avoir de critiques sur ses propres biais, la distance nécessaire entre ses considérations personnelles (idéologique morale politique philosophiques culturelle, etc.) et l’objet de son analyse tel qu’il est réellement ne serait pas. Il n’observerait réellement pas son objet car il serait dans la pure projection mentale de ses propres idéaux ou autres. Il professerait bien plus qu’il n’expliquerait, (dé)montrerait, il ne comprendrait pas son objet. Il y aurait nécessairement une totale confusion entre prescription et proposition. Or, même si une proposition de sens peut être en même temps une prescription de faire (ou de ne pas faire, ou de comment faire), il faut distinguer clairement – voire arbitrairement des fois – ce qui relève vraiment du fait réel (tangible, accessible à tous) comme il est (comme phénomène en action) et ce qui relève du doit-être (comme jugement de valeur, opinion personnelle, croyance). 

Un autre point, c’est si je dis ce que tu es, un être humain (au-delà de tes caractéristiques physiologiques ou biologiques), cela peut impliquer une certaine construction cognitive de ma part, c’est-à-dire que pour proposer un sens à être humain j’ai procédé par un acte de volonté qui exprime un ensemble de choix opérés (de critères retenus ou écartés pour diverses raisons qui peuvent être épistémologiques ou simplement de convenance personnelle – ce qui arrive plus souvent que l’on ne le croit ou n’en avons conscience) afin d’en arriver à ce sens proposé.

Proposer un sens, c’est nécessairement interpréter ce qui est, l’existant. Or, interpréter est un processus relativement ou (tout au moins) partiellement subjectif. Toi et moi comme le souligne Dworkin on peut tomber d’accord sur le sens donné à maison par exemple, mais interpréter ce sens différemment selon la réalité dans laquelle est cette maison. Par exemple, un palais présidentiel est-il une maison dans le sens partagé disons de lieu d’habitation?

Toi et moi ont dirait sûrement : oui, a priori c’est une maison. Sauf que cette réponse dirait simplement que nous sommes d’accord sur ce sens général, comme cadre sémantique de départ qui nous permet de connecter à la même idée, de circonscrire notre discussion, de nous éviter au fond d’interminables guerres sémantiques. Je veux dire que l’on sache que l’on parle vraiment du même objet qu’est maison. Et ce cadre ou cette sémantique partagée nous permet de ne pas perdre notre temps à épiloguer de long en large sur le fait qu’une maison est une maison, ce qui serait un exercice un peu absurde, un peu stérile, fatiguant, et questionnerait au fond notre connaissance de la langue ou du vocabulaire.

Donc, disons que nous partagions ce même cadre sémantique, cela n’implique pas nécessairement ou forcément que nous serions d’accord sur ce que signifie un palais présidentiel (je veux dire malgré notre partage d’un sens commun et général de maison). Tu peux interpréter ce lieu d’habitation ainsi très différemment de moi. Tu peux considérer qu’il n’est pas une maison dans le sens général donné à maison et donc qu’en fait réellement que c’est soit plus qu’une maison ou qu’il ne rentre même pas dans la catégorie sémantique générale et partagée de maison. Parce que tu pourrais considérer que le palais présidentiel, c’est le siège d’une institution. Et l’interpréter ainsi exclusivement, ou tu peux le considérer comme un lieu d’habitation mais pas comme un autre.

Et moi, je te dirais beh un palais présidentiel c’est simplement un tas de pierres qui abrite des individus – c’est-à-dire un lieu d’habitation, point, et rien d’autre. Une autre personne serait susceptible d’interpréter ce même palais présidentiel comme un lieu d’habitation certes, mais davantage comme un environnement social, un espace d’interactions politiques, un lieu d’enjeux de pouvoir.

Un autre nierait le fait que ce même palais présidentiel  soit même un lieu d’habitation dans le sens général (ou normatif du mot) parce qu’il n’y verrait rien d’autre qu’un baisodrome trop chèrement entretenu par le contribuable, un bordel comme il s’en trouve partout, un lieu de prostitution de toutes sortes (il justifierait son interprétation comme proposition de sens par tous les scandales politiques, sexuels, etc., qui y ont eu lieu, données vérifiables et attestées par tout le monde). Ainsi de suite. Ad vitam aeternam.

Et il est vraisemblable que nous nous étripions durant des siècles pour savoir quelle interprétation est la bonne, la correcte, la vraie (sans jamais parvenir à un consensus). Parler de bon, de correct, de vrai, implique que nous débattions sur les conditions nécessaires ou indispensables qui font que quelque chose puisse en toute objectivité, en toute logique, être considéré comme bon, correct, vrai. Il s’agit là d’une discussion portant sur les conditions constitutives du bon, du correct, du vrai. Et encore là  nous pouvons être dans des opinions irréconciliables, ou parvenir à un certain consensus qui serait en fin de compte susceptible d’être contesté par d’autres que nous, et donc reprendre presque de zéro la discussion.

Si par je ne sais quel miracle un consensus durable arrive à se faire sur les conditions essentielles ou je te dirais impératives à remplir pour qu’une proposition de sens soit considérée comme bonne, correcte et vraie (un tel consensus serait en soi un devrait-être ou un doit-être comme une façon de procéder), il faudrait débuter une discussion sur la validité d’une telle proposition. C’est-à-dire revenir à la question de savoir si cette proposition de sens est valide dans son contenu (le sens même est-il valide). Pour y répondre, il faudrait se poser la question de savoir qu’est-ce qui en ferait une proposition valide. Est-ce sa conformité avec le réel tel qu’observé, avec l’expérience sensible (la réalité telle qu’expérimentée, pour dire véritablement dans la vraie vie si je puis le formuler ainsi), ou parce rationnellement cette proposition tient la route (que toute personne en suivant la logique qu’elle contient en arriverait à la même signification, à la même conclusion, ou plus ou moins à une définition pareille).

La première forme de validité est empirique, la seconde rationaliste. La première exige qu’une proposition de sens soit conforme à ce qui s’observe dans le monde sensible (ce qui implique que cette proposition de sens peut exprimer une réalité qui est de l’ordre de la contingence – elle peut être ou ne pas être, suggère une possibilité que la chose varie selon le moment ou le contexte de l’observation, et donc que la proposition de sens soit en soi relative même si elle est valide car vue dans un contexte ou un moment précis, etc.). La seconde exige une abstraction du monde sensible, c’est-à-dire en se coupant du de la réalité du phénomène comme il existe dans le monde sensible. La proposition de sens serait ainsi un simple fruit de réflexion cognitive, résultait exclusivement d’un processus cognitif (tu réfléchirais en toute logique, sans tenir compte de la réalité sur ce qu’est un palais présidentiel par exemple). Tu essaierais ainsi de parvenir à le saisir ou à le définir de telle sorte que par ce pur exercice de rationalité tu en arrives à atteindre sa nature ontologique – la nature ontologique du palais présidentiel. Parler de nature ontologique, c’est être essentialiste, l’essentialisme est un déterminisme. Ainsi, ta proposition de sens déterminerait ce que doit être un palais présidentiel, cette proposition de sens tu la voudras (et elle le serait en soi) nécessairement universelle, intemporelle, immuable (donc ce qui est, et ne saurait être rien d’autre). Une telle proposition de sens aura la prétention d’être valide indifféremment des subjectivités des individus, des moments, des circonstances, des situations, des contextes, etc. 

En résumé, tu vois, le simple fait de dire qu’une personne est ceci ou cela, est en fait beaucoup un choix délibéré de lui coller une étiquette. Quand tu dis mais je te dis que voilà tu es ça ou pas ça, et que je prétends être réaliste ou faire preuve de réalisme, en fait c’est correct, c’est bon, c’est vrai (je suis un cheminement cognitif et empirique qui me conduit à une telle interprétation de toi) mais ce n’est pas valide en soi ou c’est relativement valide en soi, tu peux confirmer ou infirmer ma proposition de sens – surtout parce que vois-tu avant tout tu es une autonomie de la volonté.

Et dit comme ça, ce que je fais c’est du rationalisme, parce que cette interprétation, le fait de dire que tu es une autonomie de la volonté, je la présuppose au fond, car dans mon raisonnement je considère avant même de les observer et sans que je n’ai besoin de le faire que tous les êtres humains comme des êtres doués de raison – donc que cette autonomie de la volonté est universelle intemporelle immuable, elle est inhérente à la nature humaine, tu es un sujet rationnel, ce qui veut dire aussi par-là, dans le sens kantien, doté d’une dignité humaine, finalement je te dis ce que tu es et ce que tu dois être – si jamais tu n’en avais pas encore conscience ou que tu ne te définissais pas de la sorte, cela ne change rien au fond).

Tu me diras, c’est une proposition de sens imposé, et niant en fait ton autonomie de la volonté (car si tu es une autonomie de la volonté tu peux ne pas vouloir l’être, ou décidé de ne pas vouloir l’être pour un million de raisons parfaitement légitimes). Oui et non. Oui parce que je te place dans une case, et non cela ne t’empêche pas d’en sortir. Sauf que ce n’est pas parce que tu te définis moins ou pas comme une autonomie de la volonté qu’en fait tu cesses de l’être (en toute logique on peut décider d’être identifié comme un animal, mais ils incombent aux autres qui croient que non un être humain reste un être humain tout en respectant l’autre agissent en conséquence de sa nature humaine). Dès lors éthiquement parlant mon devoir (absolu) de te respecter en tant que tel ne cesse, et toi tu as la même obligation car je suis comme toi une autonomie de la volonté, donc que tu ne veuilles pas être vu comme ça n’enlève rien que moi je le suis, donc tu dois me traiter en conséquence.

Il y a ainsi un respect mutuel qui s’impose, si tu veux que je te vois comme tu es, tu dois respecter le fait que j’ai une éthique à observer, ce respect est absolu, c’est un contrat, tu le romps c’est possiblement la guerre entre nous, inversement. Vois-tu, nous sommes toujours dans l’impossible séparation absolue de l’être et du doit-être. Interpréter l’autre, c‘est à la fois un fait d’être et une injonction à être, à faire de telle manière, de se comporter de telle façon. Le réalisme qui se veut souvent comme des propositions de ce qui est réellement est de manière consubstantielle un idéalisme, il n’est pas totalement réaliste, c’est souvent une construction mentale, un être et un devrait-être, un devoir-être. Bref, le réalisme n’est pas réaliste. Je le dis comme une provocation, que veux-tu, on ne change pas le trou du cul

 

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Voilà, même si je me trompe sans doute dans mon regard de tout ça, je t’emmène au vent, dans l’être et le devoir-être, le devrait-être, en te parlant de Sabine, et du fait que la Magical Lady est en fait simplement un être humain, une dignité humaine, et ça en soi cela est une valeur absolue. La loi guillotine de Hume est un truc quand il s’agit de l’humain de très comment te le dire, bref tu le devines. Le dualisme : tu tu es et tu dois être ou tu devrais être, est consubstantiellement en parlant d’humain peu pertinent à maintenir, sans tout confondre (question de clarté, de précision, voire d’objectivité). 

Voilà je t’emmène au vent, entre le sein et le sollen du dualisme kantien repris par le normativisme kelsénien, entre le réalisme et l’idéalisme, l’empirie et le rationalisme, le monde sensible ou phénoménal et le monde nouménal ou idéal, le monde supra-sensible ou en lévitation au-dessus du monde des phénomènes en action. Je t’emmène loin de la philo des philosophes, et de la philo des philosophes d’autres mondes, entre rationalisme, positivisme, abstraction(s) dans les univers idéels, constructivisme, structuralisme, interactionnisme symbolique, post-structuralisme, post-positivisme, nouveau réalisme, monde post-westphalien, monde post-hobbesien, post-moderne, système-monde,  et tous les putains d’ismes que tu trouveras.

Je t’emmène au vent, et pour toi c’est à la fois du vent et absolument rien. Rien du tout.

Ce rien du tout, vois-tu, c’est mon monde. Je suis et je ne suis que de ce monde. Et quand je parle aux autres, souvent, je suis dans ce monde. C’est pourquoi nous ne nous comprenons pas. Nous ne partageons pas le même langage, nous n’avons pas le même vocabulaire, nous ne sommes pas présents dans des errances où chacun de nous est localisé dans un univers de sens et de significations que l’autre ne comprend pas, inversement. Je suis du rien du tout, et toi de quelque chose, il faudrait à un  moment que l’on se trouve une façon de se parler, de se comprendre, de s’interpréter mutuellement adéquatement. C’est ce qui s’est passé avec Sabine. Sabine et moi nous étions dans des univers différents.  Et comme tous les grands classiques de mon existence, ce ne fût point joli-joli. Aujourd’hui, j’offrirai des fleurs et du chocolat à cette Sabine singulière qui m’est, padawan et être humain de mon état,  indispensable. 

 

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Sabine et moi, nous avons trouvé une façon de faire avec. De nous ajuster. De nous demander au-delà du préconçu  « C’est qui cette Sabine ? » « C’est qui ce Dave ? », finalement aujourd’hui lorsque je parle à Sabine c’est avec un si grand amour. Cela me semble couler de source.

J’ai appris avec elle comme avec les autres une chose essentielle dans les relations humaines : sortir de son univers de sens et de significations, entrer dans celui de l’autre. Comme une ancienne collègue me dirait : « Facile, mais si l’autre ne te donne pas accès à son univers, tu fais quoi ?! » A quoi je dirai : « Peut-être parce que par ton attitude, ou que sais-je encore, tu ne l’as suffisamment sécurisé pour qu’il/qu’elle se sente en confiance ».

L’auto-critique est quelque chose de fondamentale, c’est d’abord retourner les affects vers soi et non les diriger vers les autres (ce qui peut être d’une certaine violence pour eux/elles), c’est revoir ou passer en revue sa propre action et de l’anlyser avec beaucoup de lucidité, d’objectivité, et de tirer des leçons afin de s’améliorer. Au pire, tu reprends contact avec l’autre et vous vous expliquez (la vie en fait comme tu le sais est compliquée, mais il n’est pas nécessaire d’en rajouter, certaines choses sont très simples : oser, par exemple). 

En revenant à la confiance, de son rôle dans le fait de s’ouvrir à l’autre, je te dirais ce que j’en pense. La confiance ou le sentiment de pouvoir faire confiance à l’autre est cruciale dans toute interaction humaine, c’est un truc instinctif, le rationnel peut te dire une chose, le truc qui te vient des tripes le contraire, je te dirais : suis tes tripes. Il y a un truc que ton cerveau, ta logique, ta rationalité, ne peut saisir et que tes tripes voient ou ressentent comme un indicible, une chose illogique. Certaines personnes parlent de feeling, je te dirai simplement d’intuition.

L’intuition est le meilleur guide dans des situations où les choses sont tellement complexes que tu n’en vois pas le bout, ou que tout est flou. J’ai toujours suivi mon intuition, cérébral que je suis. Même si j’avais toutes les raisons logiques, bien pensées, bien structurées, bien rationnellement élaborées, de faire un truc.

En ce sens, karlita a raison on ne voit bien qu’avec le cœur. Je te dirai on ne voit bien qu’avec ses tripes, son âme, cette chose identifiable qui te saisit comme rien d’autre et qui te fait sentir le réel – voire de le regarder autrement.

Ce n’est pas le cœur, le cœur est une impulsion (je veux dire quelque chose de spontané, quelque chose qui relève du désir, le cœur ne voit pas – il vibre,  au diapason avec soi et avec ce que le soi d’un autre nous présente comme face, le cœur est d’abord ce que l’on espère du plus profond de nous et qui cherche comme ça inconsciemment les signes dans notre extériorité de ce que nous désirons dans notre for intérieur), ce sont les tripes qui ne sont pas une réaction impulsive ou une perception pulsionnelle, les tripes te disent ce que le cœur faible qu’il est, corruptible qu’il est, ne te dit. C’est en suivant mes tripes que j’ai pu regarder différemment Sabine. Et j’ai pu constater qu’au fond elle était magique.

Sabine est magique. Je le lui ai dit ce matin. Dire aux autres le bien que l’on pense d’eux ne coût en soi rien – ça aussi je l’ai si souvent dit, et apporte beaucoup plus. Mais tout le monde n’est pas d’accord. Je comprends et respecte cela. Il faut de tout pour faire un monde, dit-on. Je suis de ceux qui sont d’accord. Et j’te le dis Sabine est un ensoleillé moment même quand le temps est grisâtre, même quand il n’y a plus rien. Je ne l’ai pas dit à Sabine, je l’ai écrit différemment.

J’aurais aimé te faire un portrait de Sabine façon 50 nuances de dave. Mais, cela m’est impossible, hormis nos brefs échanges, nos rares rencontres furtives, je ne la connais pas. Je n’ai pas eu l’opportunité véritable de la regarder avec le cœur, je l’ai ressentie avec mes tripes. Mais, le peu que je puisse en dire m’oblige à l’écrire avec tous ces mots inutiles.

Il est en soi inutile de parler de Sabine. Elle n’en a pas besoin. Il n’est pas nécessaire de parler de Sabine, il suffit de lui envoyer un courriel pour s’en rendre compte. Alors je te le dirais : écris-lui comme tu te parles à toi-même, parle avec tes tripes et après tu pourras éventuellement compléter, ajuster, rectifier tes perceptions, venir me dire ici tout mon ressenti qui vient de mes tripes est ce que toi aussi tu as ressenti ou pas. Ici, c’est à toi aussi. Toi gentleman magique, toi lady magique, comme Sabine magique.

Ceci n’est pas un portrait, ceci n’est pas une nouvelle postmoderne, ceci je ne sais pas ce que c’est. OoPArt. Un objet pas à sa place. Mais qui est. Comme tel. Et c’est Sabine.

 

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