Tam tam

L’appel lointain du tam tam
Battu par des mains anciennes
D’argile et d’écorce
Comme la terre nourricière
Traverse l’océan
Qui me sépare de mes racines
Et parvient à mon cœur exilé

Il est doux
Ce chant d’allégresse
Il est tambour battant
Ce rythme d’ailleurs
Vient faire danser
La froide solitude
De ces espaces enneigés

Tam tam tape le cuir
Tam tam clame la joie
Tam tam déclame des vers
Tam tam chante
Dans ma nuit silencieuse
Remplie mon cœur exilé
De cette ivresse d’ailleurs

Que suis-je tam tam
Qui suis-je tam tam
Le corps en mouvement
Autour du feu
Fraternel
Ou les cris d’espoir
De bouches résilientes
Suis-je l’ombre de la flamme
Suis-je la poussière que soulève
La cadence des pieds frappant la terre
Pour lui rappeler ses promesses
Suis-je le récit improbable
Le réel fantasmagorique
D’une mémoire qui parle
Pour ne jamais oublier
Suis-je les esprits
Autour et aux alentours
Cachés sous la cape invisible
Attendant d’être invoqués
Pour que ce qu’il y a dans le cœur
Prenne vie
Suis-je le souffle
Le vent
Dans le feuillage des grands arbres
La musique de la nature
Les symphonies sans auteur
Sans chef d’orchestre
De tous les auteurs
De tous les chefs d’orchestre
De la racine à la cime des arbres
De l’arbuste à la respiration du petit animal
Le rugissement du lion
La course de la gazelle
Suis-je toutes ces notes écrites
Par plusieurs mains
Une partition aux multiples couleurs
Tam tam tape le cuir
Tam tam je te réclame

Sous les étoiles feu incandescent
Brûle en moi
Sous le soleil pâle
De ces contrées lointaines
Tam tam vibre en moi
Ressuscite le vivant
Tue le sommeil
Protège-moi
Contre l’oubli

Tam tam tape le cuir
Tam tam clame la joie
Tam tam déclame les vers
Ici chez moi
Moi là-bas
Chez moi
Autre part
Partout
Loin
Chez nous
Accompagne la flamme dans sa danse
Nourrit le feu
Abreuve les cœurs
Exilés disparus naissants
Tous et chacun
Des musiques de cette joie
Qui comme la mémoire
Ne savent plus se faire entendre

Tam tam tape le cuir
Que mes frères autochtones
Avec leurs regalia de mille feux
Entrent dans la ronde
Qu’ils viennent rejoindre la danse
Qu’ensemble la nuit soit belle

Tam tam tape le cuir
Que mes blancs que mes jaunes
Que mes arabes que mes bleus
Que mes arcs-en-ciel
Leurs frères et leurs sœurs
Pères et mères
Tous
Viennent avec ce qu’ils sont
Avec qui ils sont
Leur mille feux leur mémoire
Qu’ils brillent et laissent entendre
Le cœur vibrant
Battant à l’unisson
Comme les enfants de la terre
De la poussière
De l’argile et des écorces
Du souffle et du vent
La seule voix de ces rythmes
De ces musiques
Moi toi nous
Ici ailleurs
Là-bas partout
Si proche si loin
Tam tam clame la joie
Tam tam déclame des vers

L’appel lointain du tam tam
Entre par la fenêtre ouverte
Par un temps frisquet
Je n’ai plus froid

 

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