Me Jedi & Padawan

Bande sonore : Caméléon – Salomé Leclerc.

Hier, Luc m’a dit qu’il se préparait à donner un séminaire à de nouveaux Padawans. Luc m’a eu comme Padawan il y a quoi trois quatre ans, je ne sais plus. Je lui ai répondu que les futures Maîtres Jedi ne savaient sans doute pas, peut-être pas, la chance le privilège et l’honneur qu’ils avaient de l’avoir pour Guide. Luc a été, et je l’ai si souvent dit ici dans ce lieu étrange qu’est ce blogue, un de mes Maîtres Jedi. Avec lui, il y a eu Patrice, Katia, Kristie, Dominique, Robert, et tant d’autres. Luc, Me Jedi, n’était pas un dieu au milieu de nous autres mortels. Me Patrice, Me Katia, Me Kirstie, Me Dominique, Me Robert, et tant d’autres, n’étaient pas des dieux parmi leurs mortels d’étudiants; Ni roi-soleil ni reine de saba. Des mortels guidant d’autres mortels sur les chemins si périlleux, si difficile, si exigeant, du savoir et de la connaissance, mais surtout et peut-être avant tout de l’humaineté. Être un Me Jedi, c’est faire découvrir, apprendre à découvrir, apprendre à apprendre à découvrir, apprendre aux autres à utiliser au mieux de leurs capacités toute la puissance de l’humaineté. L’humaineté, voilà la Force. Pas le savoir et la connaissance qui ne sont que des outils. Pas la carrière, le titre, l’étiquette sociale, le présentoir, etc. Et tous ces Me Jedi, toutes ces Me Jedi, à la fin de chaque session, nous ont regardé partir à l’aventure de la vie, prendre les chemins si périlleux, si tortueux, si difficiles, de nos destinées, en nous disant : Que la Force soit avec vous. Jeunes Padawans. 

Luc n’était donc pas dieu, jamais placé haut sur un piédestal, d’aucune façon que ce soit. Il n’a jamais fait ressentir à ses jeunes protégés qu’ils n’étaient rien du tout, Luc n’a jamais eu besoin pour compenser un truc qui clochait chez lui, dans son intériorité,  en humiliant, en martyrisant, en se faisant idolâtrer, en montrant qu’il pissait toujours plus loin que tout le monde, et en montrant qu’il en avait une énorme dans le pantalon. Ce qui disait qu’il pouvait croire que tout le monde sauf lui dans la salle de cours n’était pas son égal – c’est-à-dire : dieu, le père, le fils, et le putain de saint-esprit. Avec Luc, les Padawans n’étaient pas réduits à la poussière, à absolument rien ou à peu de choses. 

Luc n’en a jamais eu rien à cirer d’être défié et d’une manière comme d’une autre de vouloir être déifié. Luc arrivait et transmettait son savoir sans recourir à tous ces subterfuges ridicules qui veulent montrer tout ce que l’on a de gigantesque dans le caleçon : vocabulaire pompeux, phrasé trop recherché, trop d’artifices et une excessive pédanterie, concepts boursouflés, théories ampoulées, lectures obligatoires obèses avec un nombre surélevé de pages juste pour le bourrage et qui n’apportent fondamentalement rien de substantiel, trop de narcissisme avec un trop-plein de Moi. Etc. Luc n’a jamais souffert d’un quelconque complexe, d’infériorité, de supériorité, ou du moins il ne l’a jamais montré.

Un Me Jedi n’a pas à se montrer infaillible ce qui serait contraire même à l’humaineté qu’il apprend au Padawan. Il n’a pas à projeter ses propres névroses angoisses anxiétés troubles mentaux ou que sais-je encore, sur son Padawan. Le Padawan sait que son Me Jedi est fait comme lui de chair et de sang, qu’il est profondément mortel, qu’il peut faillir, qu’il peut trébucher, qu’il peut ne pas savoir. Le Padawan sait que son Me Jedi n’est pas parfait, comme lui, que personne ne peut l’être – parfait. Et qu’il est même absurde de vouloir l’être, que ce qu’il importe c’est de ne jamais cesser de se voir et d’avancer en apprenant de ses chutes, de ses failles. Le Padawan en regardant son Me Jedi faillir apprend une leçon importantissime de la vie : l’humilité. Le Me Jedi en étant imparfait sans le vouloir, naturellement, inculque un principe fondamental de l’existence à son Padawan : Beaucoup encore il te reste à apprendre.  

Luc, comme les Me Jedi susmentionnés, habillé de l’ordinaire transmettait l’extraordinaire. Les Padawans étaient mis sur les chemins de découverte de la Force; ils l’expérimentaient, s’expérimentaient, chutaient, doutaient, devenaient fous, passaient par toutes sortes de crises et de paniques, de colères et d’angoisses, de questionnements et de remises en question, puis finalement à la fin du de la session se savaient totalement transformés. Luc, Me Jedi, aussi. Comme le dirait Yoda : Toujours par deux ils vont. Ni plus, ni moins, Le maître et l’apprenti. Luc, Guide, Me Jedi, enseignait.

De nos jours, j’ai souvent cette impression que certains professeurs n’ont pas ce qu’il faut pour enseigner, ils n’ont rien de Me Jedi. Leur place est ailleurs que dans la salle de cours. Parce que dans une salle de cours, ils trahissent tout ce qu’est l’enseignement. Et les Padawans dans  la salle ont beaucoup de chance d’être irrécupérables. Enseigner n’est pas seulement instruire, ni même éduquer, c’est révéler et guider. Révéler le Pandawan à soi-même, le guider dans cette révélation. Se révéler en tant que Me Jedi et envisager un autre chemin. Instruire et éduquer viennent se greffer à cette philosophie, en ce sens ils sont des modalités de quelque chose de plus essentiel. Du moins, c’est ce que j’ai appris avec Luc, Patrice, Katia, Kirstie, Robert, François-Xavier, Dominique, et les autres. Me Jedi.

Tout le monde n’est pas fait pour être un Me Jedi. Certains professeurs ne devraient pas être obligés de descendre de l’Olympe et de se retrouver parmi les mortels étudiants. Ils devraient être laissés sur leur piédestal olympien, surtout pour le bien des Padawans, et sans doute de l’humanité. Et, je crois, qu’il faudrait peut-être que l’on commence à envisager l’enseignement non pas comme une carrière ou une obligation de carrière, trouver d’autres façons de permettre à de tels professeurs olympiens de poursuivre leur ascension sans qu’ils ne soient contraints de descendre sur terre, de fréquenter des mortels, des mortels d’étudiants. Vraiment. Mais, je dis comme ça, je ne dis rien.

 

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Hier, Luc, mon ancien Me Jedi, devenu mon Ami et Frère, m’a envoyé un message-texte pour me dire que notre prochain G2 sera poulet d’Afrique. Il a découvert un restaurant africain qui fait griller le bipède un peu platonicien – en reprenant la raillerie de mon inestimable Diogène de Sinope  – comme même la péninsule ibérique ne saurait braiser. Un bipède débarassé de ses plumes, cuisant tendrement sur du charbon, épicé comme il se fait sous les tropiques, j’ai fait : Cocorico. Cela me changera du goût sucré de la bouffe québécoise, épice ketchup partout, même dans la salade, sans parler de l’eau. J’ai fait : Cocorico. La crête rouge dressée sur le coco, en direction du soleil levant, tendu comme une érection après avoir maté un selfie avec énormément de filtre instagraméen de Karlita.

Luc continue toujours à m’enseigner et à me guider. Je n’ai pas toujours conscience de ce que je peux dégager ou être aux yeux comme problème et je m’en excuse. Je n’ai aucune maîtrise là-dessus. Luc m’a dit : Beaucoup encore il te reste à apprendre.

L’autre soir, j’étais invité chez Carol-Ann, elle voulait que l’on passe une soirée ciné-vin et un peu marijuana, tranquille, ensemble, un truc fun et relax, Carol-Ann n’est pas compliquée, elle est reposante. Nous avons baisé, bien naturellement, ce n’était pas reposant, c’était sadique sadien. Mais, ce que j’ai retenu de cette soirée, c’est une phrase prononcée par un personnage de la série The Good Doctor : « Lorsque nous étions  résidents, j’ai toujours été en compétition contre elle [en parlant d’une collègue medecin], mais j’ai compris qu’elle n’était pas en compétition contre moi, elle était en compétition contre elle-même, c’est pourquoi elle était meilleure que moi ». Cette phrase était simplement lumineuse. Je me suis senti normal, cette phrase m’a normalisé.

Je n’ai jamais été en compétition contre les Autres, je n’ai jamais eu ce besoin, et je n’ai jamais compris ce besoin chez les Autres. Mon seul compétiteur c’est moi-même. Et le seul trophée que j’espère gagner c’est triompher de mes propres faiblesses, mes propres insuffisances, c’est arrivé à repousser mes propres limites. C’est en devenant toujours la meilleure version de ce que je suis que je me (re)découvre. C’est en le faisant que je puis aussi comprendre ce que les Autres ressentent, car je suis comme les Autres, si j’ai souffert de mes propres démons, mes faiblesses, mes insuffisances, eux-aussi. Alors si je réussis, je peux possiblement leur être utile.

Être son propre compétiteur, c’est un apprentissage de soi, incessant, pas de tout repos, difficile, périlleux, terrible, mais aussi libérateur, c’est apprendre à être libre. Être son propre compétiteur, c’est ne pas livrer la guerre à l’Autre. Comme le dirait Yoda : Un grand guerrier? Personne par la guerre ne devient grand

 

 

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Hier, Luc m’a balancé par message que le poulet nous attendait pour un prochain G2. Un ancien enseignant devenu un frère, un frère Me Jedi. Avec lui, dans une galaxie souvent lointaine, à quelques millions années lumières de la terre, nos G2 sont comme les Saturnales quand je crèverai. L’on prend presque tout ce qui est expulsé par la cuisine du restaurant, nous gueules se goinfrent à la vie et au moment. Sabres lasers rangés quelque part, des frères n’en ont pas besoin.  A la fin de la soirée, la facture fait toujours Cocorico et cela nous fait systématiquement roter. Et l’élève ne dépasse jamais le maître.

Hier, j’ai nettoyé mon profil fakebook, j’ai décidé de ne pas attendre le printemps pour faire le ménage. Je n’ai pas besoin du cercle vicieux de la connerie ordinaire. Je me suis expulsé du cercle. Ego, orgueil, indifférence pour les Autres, le Moi triomphant, l’invisibilité dont on frappe les Autres et qui nous fait tellement mal quand les Autres nous le rendent, le snobisme bête, et tous ces trucs sans intérêt. J’ai nettoyé mon Fakebook des dieux olympiens, profondément mortel j’ai besoin d’être entouré de cette mortalité, de cette humaineté.  D’une diversité qui est en dehors du cercle de la connerie ordinaire. Je vieillis trop vite, je n’ai plus le temps à perdre. Tic tac. Tic tac. Goodbye my lover.

 

 

 

 

Hier, j’ai fait le ménage, réseaux médias sociaux, et je crois ce n’est pas encore tout à fait terminé. Il y a des choses sur lesquelles j’hésite, j’attends de voir. Et je ne suis pas très patient, je n’ai pas le temps. Plus le temps, d’essayer de saisir ce qui échappe à mon entendement. L’année dernière, j’ai consacré beaucoup à étudier l’Humain pour qu’il me fasse sens. Cette année, je passe tranquillement à autre chose. Une autre étape de l’initiatique apprentissage du Padawan. Cette année, selon mes nouveaux Me Jedi, c’est l’Alien qui est prévu au programme. Je ne sais pas trop à quoi m’attendre. Mais qu’importe, je n’ai pas peur. Comme me l’a dit Yoda : La peur est le chemin vers le côté obscur : la peur mène à la colère, la colère mène à la haine, la haine… mène à la souffrance. Et lorsque l’on souffre, on est dans les ténèbres. 

Karlita est d’accord.

Bande sonore : This is me – Keala Settle.

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