Navire fantôme

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Aux âmes prisonnières du joug des courants contraires, dont l’étendard obscur est en berne, qui vont et viennent telles des épaves errantes sur ces eaux incertaines de l’enfer de soi, que ce bout du monde que l’on juge lointain les avalent dans son abyssal néant.

J’ai cherché l’un des ports de la délivrance pour y jeter toutes les encres des luttes auxquelles je me livre, aucun de n’a voulu de ce pavillon austère avec ses innommables nuances de gris, beaucoup l’ont trouvé trop corsaire à leur goût, d’autres assez non-identifiable pour lui fermer leurs portes, ce n’est pas ma faute si je ne sais pas de quelle couleur mon âme est l’expression.

Ce n’est pas ma faute si je ne suis que le tributaire passif d’un mélange qui mixte tout sans forcément en dévoiler la substance, la cohérence.

Mais à qui vais-je me plaindre. Les canonniers ont armé leur torpeur prête à faire feu et ne sont pas d’humeur à pavoiser. Les mages ont plié les voiles avec leurs babioles et sont rentrés chez eux raconter cette drôle d’histoire d’un roi né dans la merde.

Les Lumières n’ont plus le même éclat d’antan. Elles ont vieilli et parce que mortes ou séniles ont leur fait tout dire et n’importe quoi. D’ailleurs, je ne me sens pas digne d’un J’accuse! il me manque un peu de cette judéité qui clive et provoque tant de vagues avec ces cadavres à qui on a ôté la parole.

Je ne suis point une sacralité que l’on vénère haut ou cette infamie que l’on écrase, juste un navire fantôme dans l’immense labyrinthe sans fin des mers perdues où les minotaures sont des sirènes qui séduisent autant les sens que les rêves.

 

DaveCopyrights (19)

 

La face cachée de la lune éclaire les ondulations ténébreuses de la nuit moite. Le silence est si perçant qu’il transperce les tympans et va éclater la cervelle. Au milieu d’un rien éloquent le vent s’est aussi tu comme la nature est tuée.

Attaché au mât par des cordes invisibles, je regarde la folie droit dans les yeux, elle soulève toutes les eaux par une violence inouïe et je sais que ce n’est qu’une question de temps avant que je m’y noie entier.

Et il me vient de je-ne-sais-où le chant jadis envoûtant de ces muses qui ont rempli de tentations et de supplices mon périple, pourquoi ai-je souvent été de marbre, pourquoi n’ai-je pas déposé le masque de l’indifférence et montrer les incendies qui me ravageaient à l’intérieur, pourquoi ne me suis-je pas jeté à l’eau comme tous les autres, finir la chose de cet envoûtement.

Je n’ai peut être jamais su devenir la chose de quiconque. Il m’a manqué l’intelligence pour comprendre ce que c’est l’ordinaire. Il m’a manqué ça. Et aux eaux dressées debout devant moi, la folie et ses tourments, je lance un dernier regard d’éclair comme roule et coule la pierre. 

 

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