Magical Lady

Cela fait quelques mois que je veux te parler de Sabine, la Magical Lady, mais faute de temps, faute de pouvoir prendre le temps (sans durex ou autre latex, à l’ancienne quoi), à cause d’un agenda surchargé – je veux dire toutes ces baises de pute-nymphomanophiles et autres de pute-nymphomaniaques et sans parler des conneries de nos quotidiennetés saturées de concubines de l’hémoglobine et de tous les restes aussi absurdes qu’incontestablement d’une humanité partant en couilles et autres clitoris, bref un agenda saturé m’empêche de te parler d’une Perle.

Sabine est notre angel-gardienne à tous. Quand je te dis « nous », je parle de tous les padawans qui se sont perdus ou égarés ou simplement parce qu’ils sont fous ou trop carriéristes ou pour le pognon comme une expectative de nobel et autres prix bling-bling ou chin-chin ou pour le titre très pompeux et présomptueux d’internationaliste (et autres Maîtres(sses) in something) ou juste parce que la photo de la cérémonie de remise de diplôme est si sexy et si cute pour dire si intello surtout lorsque de nos jours les analphabètes  fonctionnels sont le nouveau standard :

« Vois-tu, toi ignorant, toi illettré, toi inculte, vois-tu ma toge fuck-you de Maître(sse), vois-tu ma greatness, vois-tu à quel point je suis capable, vois-tu toi rien-du-tout tout ce que je suis fantastique, vois-tu à quoi ressemble la sélection naturelle darwinienne, j’te parle de darwin, tocard(e), pas d’harley quinn, laisse-faire t’es juste irrécupérable, hein quoi, oui je suis con-descendant(e), j’ai tellement sué du cul pour ça, alors oui je te con-descendante pas mal, ma toge fuck-you et mon beau diplôme si mimi te demande poliment mais si fermement d’aller te faire enculer (à sec), p’tite populace insignifiante, p’tit peuple d’en-bas ».

Bref – je te parle de moi et de tous ceux et celles qui sont moi, padawans en voie de devenir peut-être un jour (peut-être) des Me Jedi. Sabine veille sur nous ou du moins sans elle notre vie de padawan serait un vrai foutoir. Sabine ne le sait pas. Sabine est une magicienne.

Lorsque tu crois que ta situation est une apocalypse, quand tu te poses deux millions de questions sur le pourquoi ou le comment ou le pourquoi du comment de ta situation, Sabine est la magicienne qui rend tout si limpide, et cela comme si de rien n’était. Pas de baguette magique à la walt disney comme un vrai foutage de gueule. Pas de conte de fée. Pas de mysticisme, pas d’ésotérisme, pas de charlatanisme, bref pas de superwoman avec toujours cette espèce d’objet anachronique qu’est le gros caleçon – ovni dans les cieux de nos temps post-modernes, rien de tout ça, juste Sabine la Magical Lady.

Je vais te dire, Sabine je l’adore. Et tu ne le devineras pas, mais entre elle et moi, comme un grand classique de ma vie, au début c’était un vrai bordel. La plupart de mes relations sont celles qui débutent toujours sur du n’importe-quoi. Une détestation de l’autre, un mépris, une incompréhension, une indifférence, une haine, un « J’aime pas ta gueule » ou un « Pour qui te prends-tu ! », un « T’es un gros enculé ! », bref au commencement le verbe n’était pas paix il était guerre, incompréhensions ou simplement incompatibilités. This is war. Ce qui quelques fois, au fond, n’est qu’une autre façon de nous inviter à baiser.

A cet effet, je crois que les gens, comme moi, ont perdu, quelque part dans youporn et autres, la manière simple directe et claire de dire comme gainsbourg (un peu gainsbarre) balança à whitney houston : I want to fuck you.  Pas compliqué. Auquel je répondrai sans doute : T’es rasé(e) au moins? Et ensuite : T’es anal-logique? Parce que faut dire, j’aime – si tu ne l’avais pas encore saisi (depuis tout ce temps) – être dans la merde, remuer la merde, m’enfoncer dans la merde. Et si jamais la personne me répond : Ouais, bien sûr, j’aime aussi tout avaler, et je suis anulingue!coup de foutre direct. Fuck me, right now. Tu vois, il suffit juste de dire : I want to fuck you. Cela nous éviterait tant de guerre(s). 

De toutes les relations véritables que j’ai eues, que j’ai, la majorité est issue de la guerre. Ou de tout ce qui est loin d’être « Peace and Love », « Amour et Fraternité ». Je te l’ai dit si souvent, je suis un salaud, je me comporte comme un trou du cul, et donc je dois avoir un truc qui sent mauvais ou bizarre pour provoquer chez les autres des réactions que je ne comprends pas. Un salaud ne comprend pas toujours pourquoi sa saloperie indispose tant les autres, c’est un truc qu’il ne voit pas, ne sent pas. Ou comme les pets venant de son anus ça a pour lui quelque chose du chanel numéronazi, ça pue la rose ou disons il n’a pas l’impression d’être dans une chambre à gaz. Tu vois ce que je veux dire : tout le monde ou presque ne meurt pas asphyxier à cause de ses propres pets, c’est toujours un truc que l’on trouve supportable et quand ce n’est pas le cas, beh cela implique qu’autour de soi rien n’est plus vivant. Bref, un salaud ne se rend pas toujours compte de sa saloperie, il a la victimite facile, pas d’auto-critique. La salope aussi. Bref, le salaud que je suis ne comprend pas toujours le salaud qu’il est, pour les autres, et inversement.

Et qu’après coup, quand je finis par essayer de comprendre, ou que j’en arrive finalement à comprendre (ou mettons, que j’ai donné du sens pour ne pas finir dans d’atroces souffrances réflexives), je me rends compte du truc qui mérite la chaise électrique. Je suis un si incroyable trou du cul. Trou d’anus. Pas besoin de sentence, je vais m’asseoir sur la chaise.

Avec Sabine, j’ai été sur la chaise électrique dès le premier courriel. Je suis et je te l’ai si souvent dit d’une maladresse maladive, mais comme me l’a dit ernestine dernièrement : « Dav’ mon chou, tu es trop intelligent pour ne pas savoir ce que tu fais, pour ne pas t’en rendre compte ! » Ce à quoi j’ai répondu : « Er’ ma chou-girl daddy, je ne suis pas intelligent, tu me surévalues comme un warhol overrated ou comme des actions surcotées. » Elle a fait « Mouais ! » J’ai abandonné.  

Mon premier contact avec Magical Lady fût un désastre. Digne d’une dystopie. Je parlais et Sabine ne me comprenait pas, elle parlait et je me disais « Je lis tes mots et je dois être un analphabète fonctionnel, car je n’y comprends rien du tout ». A un moment, il a fallu réinitialiser notre relation, cela ne pouvait continuer ainsi. Ce reboot fût salutaire, je me suis mis à sa place et elle a fait preuve de compréhension ou d’ouverture.

Faut dire, Sabine prend très à cœur le respect des règles, elle est concise comme un micropénis circoncis (ce qui entre nous est simplement inconcevable, quand t’as un micropénis la moindre des choses c’est de ne pas charcuter le bout de peau qui donne l’illusion que le truc est plus long qu’il n’est, t’sé « Sauver les apparences »), et moi je déteste suivre les règles et comme tu le sais je ne suis pas un micropénis (ce qui avec moi est une incertitude ou un mythe de la vérité).

Bref, avec Sabine dès le premier courriel ce fût la guerre. Un peu comme lorsque j’ai dit à karlita qu’elle avait une face de bitch, ou que j’ai repoussé aux calendes grecques mon errance montréalaise avec la Princesse Leïla.

Repoussé aux calendes grecques, simplement parce que vois-tu si je dois errer avec la Princesse faut que ce soit un moment dans lequel je sois pleinement investi. Parce que la Princesse mérite mieux qu’une présence, spectrale ou factice. Parce que l’affection que j’ai pour la Princesse – comme pour dorothée pour jenny pour rose (qui n’est pas rose-hellène comme me l’a demandé une collègue dernièrement – rien n’a voir, pas rapport pantoute), pour les rares autres qui me plaisent vraiment (ce qui en fait est rare, les individus – je l’ai souvent dit et ces individus l’oublient un peu trop souvent – me font généralement chié, m’emmerdent, m’exaspèrent, ou renforcent malgré mon sourire faux mon état cadavérique, ou me donnent juste envie de baiser avec – ce qui n’est pas toujours signe d’affection mais qui peut être signe de considération d’un autre ordre qui ne soit pas juste de banalité ordinaire – faut dire, je ne suis pas une bite facile) – est si profonde que je ne peux être désinvesti ou factice.

Celles pour qui je ressens une telle affection – qui va bien au-delà de la simple considération I want to fuck you – sont dans leurs imperfections d’une authenticité à me ressusciter des morts. Ce que je ressens pour elles est une obligation de respect, d’elles – d’une façon qui ne soit pas seulement un respect ordinaire dû à la personne toute aussi ordinaire, je veux dire par-là la personne comme banale baise et autres trucs dans cette idée.

Et il serait irrespectueux de ne pas être dans le moment prétendument partagé. Alors, comme avec les autres, j’ai repoussé les vraies affaires aux calendes grecques. Ce qui ne manque pas souvent de provoquer la guerre. 

Le grand classique chez moi c’est la guerre d’abord, ou quelque chose qui s’y apparente, puis le(s) reste(s) si nous sommes toujours de ce monde. Ou si nous n’avons pas finalement choisi, ou que l’un de nous ait choisi, de nous exiler dans des mondes à part. Cela ne me pose pas de problème, je comprends et je me sens toujours responsable de tout ce foutoir – va savoir pourquoi, je suis sans doute un salaud avec un minimum de conscience (de l’autre), ce qui fait de moi un salaud idéal.

Mouais, me diras-tu, je ne te le contesterai pas, salaud et salope de ton état, toi mon semblable, tu as sans doute tes raisons de ne pas croire en cette histoire de salaud idéal.

Quelques fois, comme toi sans doute, j’ai envie de remonter le temps, tout en sachant ce que je sais par la suite, afin que les choses se déroulent autrement. Mais, la machine à remonter le temps c’est comme un pape ou un imam qui jouerait dans un film porno (hardcore, amateur, ou tout ce que tu veux – p’tit(e) cochon(ne) va), je veux dire de l’ordre de l’improbable.

Ce qui est est, le possible que tu as et que j’ai c’est ce qui devrait être. En tant qu’intention, but, objectif, en toute logique le possible comme un devrait-être est en soi un fait intentionnel (comme le dirait Fuller), et donc un être.

 

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Là, je t’emmène dans des univers philo’, entre le ought et le is de la loi (guillotine) de hume et son interdiction ou son impossibilité de l’inférence de l’être à du devoir-être. Loi qui vaut ce qu’elle vaut, puisque tu le sais dans certains cas l’être est un devoir-être, le raisonnement à l’indicatif (comme une proposition explicative ou compréhensive) possède quelques fois en lui-même des conclusions ou une conclusion impérative(s) (tu me diras une prescription). De telle sorte qu’une proposition de sens peut aussi être une prescription.

La nature descriptive ou compréhensive d’une proposition de sens peut ainsi être au fond ou en bout de compte d’une nature prescriptive. Prescrire un comportement ou une attitude donné(e). Si je t’explique que toi en tant qu’un existant tu es un être humain (d’après ce que j’observe, d’après certains critères, certaines propriétés), cette proposition de sens peut avoir en soi une prescription de te comporter comme un être humain (voire même de te faire rendre compte que tu es un être humain alors qu’en fait tu ne te voyais pas ainsi, tu sais certaines personnes se considèrent comme des extraterrestres) – par exemple, traiter l’autre comme tu aimerais être traité, elle peut ainsi prescrire une éthique ou une moralité dans son sens normatif.

Cette proposition de sens serait ainsi également un être et un devrait-être (ou un doit-être). Dans cette idée, cette proposition de sens, en fait, peut aussi contenir un jugement de valeur (tu es un bon être humain ou un mauvais être humain) dans le sens que je t’analyse en même temps empiriquement parlant (description, compréhension) que je t’évalue selon un système de valeurs particulier (qui peut être celui partagé par une communauté comme référentiel – moral, éthique notamment – ou simplement celui que j’ai intériorisé, pour dire qui est le mien).

Ce dernier point soulève tout l’enjeu de l’absolu respect de la neutralité axiologique wébérienne, ou du moins le sens anglo-saxon général que l’on en fait (celui supposément attribué à weber selon de ne pas émettre d’opinion personnelle afin de respecter les critères de neutralité scientifique de l’analyse – cf. Kalinowski et son livre La science, profession et vocation). Dit autrement, toute proposition de sens pour être scientifiquement recevable doit-elle être absolument ou totalement dénuée de jugement de valeur (être scientifiquement neutre)? Perso, je crois que c’est impossible, la neutralité scientifique est une chimère (cf. Pfefferkorn dans : L’impossible neutralité axiologique. Raison Présente, Nouvelles Editions Rationalistes, 2014, réduction et émergence dans les sciences, pp. 85-94), surtout dans les études humaines et sociales (droit, philosophie, sociologie, anthropologie, histoire, politique, relations internationales, voire même l’économie, etc.).

Maintenant, il y a une différence entre avoir un jugement de valeur ou émettre une opinion personnelle comme une conséquence d’une analyse et bâtir son analyse dans un jugement de valeur. Parce que cette analyse serait potentiellement biaisée, celui qui procède ainsi risquerait de ne pas avoir de critiques sur ses propres biais, la distance nécessaire entre ses considérations personnelles (idéologique morale politique philosophiques culturelle, etc.) et l’objet de son analyse tel qu’il est réellement ne serait pas. Il n’observerait réellement pas son objet car il serait dans la pure projection mentale de ses propres idéaux ou autres. Il professerait bien plus qu’il n’expliquerait, (dé)montrerait, il ne comprendrait pas son objet. Il y aurait nécessairement une totale confusion entre prescription et proposition. Or, même si une proposition de sens peut être en même temps une prescription de faire (ou de ne pas faire, ou de comment faire), il faut distinguer clairement – voire arbitrairement des fois – ce qui relève vraiment du fait réel (tangible, accessible à tous) comme il est (comme phénomène en action) et ce qui relève du doit-être (comme jugement de valeur, opinion personnelle, croyance). 

Un autre point, c’est si je dis ce que tu es, un être humain (au-delà de tes caractéristiques physiologiques ou biologiques), cela peut impliquer une certaine construction cognitive de ma part, c’est-à-dire que pour proposer un sens à être humain j’ai procédé par un acte de volonté qui exprime un ensemble de choix opérés (de critères retenus ou écartés pour diverses raisons qui peuvent être épistémologiques ou simplement de convenance personnelle – ce qui arrive plus souvent que l’on ne le croit ou n’en avons conscience) afin d’en arriver à ce sens proposé.

Proposer un sens, c’est nécessairement interpréter ce qui est, l’existant. Or, interpréter est un processus relativement ou (tout au moins) partiellement subjectif. Toi et moi comme le souligne Dworkin on peut tomber d’accord sur le sens donné à maison par exemple, mais interpréter ce sens différemment selon la réalité dans laquelle est cette maison. Par exemple, un palais présidentiel est-il une maison dans le sens partagé disons de lieu d’habitation?

Toi et moi ont dirait sûrement : oui, a priori c’est une maison. Sauf que cette réponse dirait simplement que nous sommes d’accord sur ce sens général, comme cadre sémantique de départ qui nous permet de connecter à la même idée, de circonscrire notre discussion, de nous éviter au fond d’interminables guerres sémantiques. Je veux dire que l’on sache que l’on parle vraiment du même objet qu’est maison. Et ce cadre ou cette sémantique partagée nous permet de ne pas perdre notre temps à épiloguer de long en large sur le fait qu’une maison est une maison, ce qui serait un exercice un peu absurde, un peu stérile, fatiguant, et questionnerait au fond notre connaissance de la langue ou du vocabulaire.

 

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Donc, disons que nous partagions ce même cadre sémantique, cela n’implique pas nécessairement ou forcément que nous serions d’accord sur ce que signifie un palais présidentiel (je veux dire malgré notre partage d’un sens commun et général de maison). Tu peux interpréter ce lieu d’habitation ainsi très différemment de moi. Tu peux considérer qu’il n’est pas une maison dans le sens général donné à maison et donc qu’en fait réellement que c’est soit plus qu’une maison ou qu’il ne rentre même pas dans la catégorie sémantique générale et partagée de maison. Parce que tu pourrais considérer que le palais présidentiel, c’est le siège d’une institution. Et l’interpréter ainsi exclusivement, ou tu peux le considérer comme un lieu d’habitation mais pas comme un autre.

Et moi, je te dirais beh un palais présidentiel c’est simplement un tas de pierres qui abrite des individus – c’est-à-dire un lieu d’habitation, point, et rien d’autre. Une autre personne serait susceptible d’interpréter ce même palais présidentiel comme un lieu d’habitation certes, mais davantage comme un environnement social, un espace d’interactions politiques, un lieu d’enjeux de pouvoir.

Un autre nierait le fait que ce même palais présidentiel  soit même un lieu d’habitation dans le sens général (ou normatif du mot) parce qu’il n’y verrait rien d’autre qu’un baisodrome trop chèrement entretenu par le contribuable, un bordel comme il s’en trouve partout, un lieu de prostitution de toutes sortes (il justifierait son interprétation comme proposition de sens par tous les scandales politiques, sexuels, etc., qui y ont eu lieu, données vérifiables et attestées par tout le monde). Ainsi de suite. Ad vitam aeternam.

Et il est vraisemblable que nous nous étripions durant des siècles pour savoir quelle interprétation est la bonne, la correcte, la vraie (sans jamais parvenir à un consensus). Parler de bon, de correct, de vrai, implique que nous débattions sur les conditions nécessaires ou indispensables qui font que quelque chose puisse en toute objectivité, en toute logique, être considéré comme bon, correct, vrai. Il s’agit là d’une discussion portant sur les conditions constitutives du bon, du correct, du vrai. Et encore là  nous pouvons être dans des opinions irréconciliables, ou parvenir à un certain consensus qui serait en fin de compte susceptible d’être contesté par d’autres que nous, et donc reprendre presque de zéro la discussion.

Si par je ne sais quel miracle un consensus durable arrive à se faire sur les conditions essentielles ou je te dirais impératives à remplir pour qu’une proposition de sens soit considérée comme bonne, correcte et vraie (un tel consensus serait en soi un devrait-être ou un doit-être comme une façon de procéder), il faudrait débuter une discussion sur la validité d’une telle proposition. C’est-à-dire revenir à la question de savoir si cette proposition de sens est valide dans son contenu (le sens même est-il valide). Pour y répondre, il faudrait se poser la question de savoir qu’est-ce qui en ferait une proposition valide. Est-ce sa conformité avec le réel tel qu’observé, avec l’expérience sensible (la réalité telle qu’expérimentée, pour dire véritablement dans la vraie vie si je puis le formuler ainsi), ou parce rationnellement cette proposition tient la route (que toute personne en suivant la logique qu’elle contient en arriverait à la même signification, à la même conclusion, ou plus ou moins à une définition pareille).

La première forme de validité est empirique, la seconde rationaliste. La première exige qu’une proposition de sens soit conforme à ce qui s’observe dans le monde sensible (ce qui implique que cette proposition de sens peut exprimer une réalité qui est de l’ordre de la contingence – elle peut être ou ne pas être (ce que tu observes est un étant vu dans l’instant, et qui peut ne pas être la même chose ou ne pas à avoir une de ses qualités), suggère une possibilité que la chose varie selon le moment ou le contexte de l’observation, et donc que la proposition de sens soit en soi relative même si elle est valide car vue dans un contexte ou un moment précis, vu dans un aspect singulier ou particulier, vu dans une ou plusieurs de ses qualités, etc.).

La seconde exige une abstraction du monde sensible (une représentation intellectuelle), c’est-à-dire en se coupant de la réalité du phénomène comme il existe dans le monde sensible (ou dit autrement, en isolant une ou plusieurs qualités de l’objet de sa réflexion à partir desquelles tu construis une proposition de sens, le processus part du concret à l’abstrait, tu t’intéresses à certains qualités de l’objet qui peuvent être communes à tous les objets du même ensemble). La proposition de sens serait ainsi un (simple) fruit de réflexion cognitive, résulterait (exclusivement) d’un processus cognitif (tu réfléchirais en toute logique, par exemple : quelle qualité intrinsèque à un palais présidentiel, qu’est-ce qui fait en toute logique, rationnellement, qu’un palais présidentiel particulier n’est pas seulement un lieu d’habitation, et que cette qualité intrinsèque puisse être retrouvée ou partagée par tous les lieux d’habitation qu’il serait susceptible de qualifier de palais présidentiel, indifféremment de leur réalité propre). Tu essaierais ainsi de parvenir à le saisir ou à le définir de telle sorte que par ce pur exercice de rationalité tu en arrives à atteindre sa nature ontologique – la nature ontologique du palais présidentiel. Parler de nature ontologique, c’est être essentialiste, l’essentialisme est un déterminisme. Ainsi, ta proposition de sens déterminerait ce que doit être un palais présidentiel tout en disant ce qu’est un palais présidentiel. Cette proposition de sens tu la voudras (et elle le serait en soi) nécessairement universelle, intemporelle, immuable (donc ce qui est, et ne saurait être rien d’autre – doit être). Une telle proposition de sens aura la prétention d’être valide indifféremment des subjectivités des individus, des moments, des circonstances, des situations, des contextes, etc. Ta proposition dégagerait les qualités propre ou la qualité propre de tout objet appartenant à un ensemble particulier. 

 

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En résumé, en gros, vois-tu, le simple fait de dire qu’une personne est ceci ou cela, est en fait beaucoup un choix délibéré (tu pardonneras la tautologie, il y a là une insistance sur l’idée que le choix comme un acte de volonté découle d’une délibération cognitive), un choix délibéré qui colle une étiquette. Quand tu dis : voilà tu es ça ou pas ça, et que tu prétends être réaliste ou faire preuve de réalisme, que c’est empirique, que c’est observable et vérifiable, cette proposition de sens est correcte, bonne, vraie (tu as sans doute rempli toutes les conditions indispensables inhérentes à une formulation du sens correct, bon, vrai, décidées très souvent arbitrairement ou de façon consensuelle). Tu as suivi un cheminement cognitif et empirique qui te conduit à une telle interprétation de l’individu, l’objet, etc. Mais ta proposition de sens correcte, bonne, vraie, est relativement valide en soi. Moi, objet de ton analyse, de ton observation, de ta réflexion, je peux confirmer ou infirmer ta proposition de sens – surtout parce que, vois-tu, avant tout comme toi, je suis une autonomie de la volonté.

Et dit comme ça, ce que je fais c’est du rationalisme, parce que cette interprétation, le fait de dire que tu es une autonomie de la volonté, je la présuppose au fond, car dans mon raisonnement je considère avant même de les observer et sans que je n’ai besoin de le faire que tous les êtres humains comme des êtres doués de raison – donc que cette autonomie de la volonté est universelle intemporelle immuable, elle est inhérente à la nature humaine. Ce présupposé n’est pas une création ex nihilo, je suis parti de quelque part (un cadre conceptuel précis, par exemple l’humanisme), de quelque chose (d’une expérience avec la réalité dans laquelle évolue des entités, des objets, des phénomènes, des individus). A partir de ce point de départ, de ce cadre conceptuel (qui est un univers de significations et de sens théoriques que j’ai intériorisé, d’une manière comme d’une autre, en ayant conscience ou non), je te définis comme un être humain, c’est-à-dire un sujet rationnel – doué de raison. Ce qui veut dire par-là, dans le sens kantien, que tu es une dignité humaine. Finalement, je te dis ce que tu es et ce que tu dois être ou devrais être (si jamais tu n’en avais pas encore conscience ou que tu ne te définissais pas de la sorte).

Tu me diras, c’est une proposition de sens imposée ou simplement un sens imposé, par conséquent niant en fait ton autonomie de la volonté. Car, si tu es une autonomie de la volonté, tu peux ne pas vouloir l’être, ou décidé de ne pas vouloir l’être pour un million de raisons parfaitement légitimes. Oui et non. Oui parce que je te colle une étiquette, et non cela ne t’empêche pas de t’en débarrasser. Oui je peux vouloir avoir une intention de t’imposer une nature ontologique, non parce qu’en fait puisque tu es une autonomie de la volonté (qui découle du fait que tu es un être humain, une personne humaine), en toute logique même si j’ai cette intention, ce n’est qu’une proposition et une prescription.

 

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Je ne peux te définir comme une autonomie de la volonté et t’imposer (te forcer à l’être), tu pourrais à cet effet m’envoyer simplement chier en tombant dans le coma ou en te faisant lobotomiser ou que sais-je encore, choisir de te considérer comme un cochon ou une cochonne par exemple. D’ailleurs, tu pourrais même critiquer la validité de ma proposition de sens en disant que si je considère que tous les êtres humains sont des êtres rationnels (c’est-à-dire à même d’exercice de la raison ou des sujets pensants – possédant un logos), des êtres raisonnables (dans le sens kantien), que la raison est l’exercice de l’autonomie de la volonté, que l’autonomie de la volonté fonde la loi morale qui elle fonde de la dignité humaine (cf. Kant dans sa Critique de la raison pratique), alors le bébé qui vient de naître n’exerce pas sa raison n’est pas un être humain ou l’individu qui a perdu sa raison n’est pas un être humain – avec toutes les conséquences que cela implique (pas d’autonomie de la volonté, donc pas de dignité humaine). Et là, tu te dirais sans doute : Je viens de te niquer grave

Seulement, je te répliquerais que l’autonomie de la volonté (entendue dans le sens kantien comme la faculté d’exercer sa raison, la capacité à être le législateur de soi-même, à se donner à soi-même une loi, de la sorte avant toute chose cette autonomie est une instance critique – une pensée de libération – à partir de laquelle être et agir prend un sens bien plus qu’une injonction à l’émancipation de soi ou à la liberté – qui est une affirmation d’une certaine souveraineté de soi, il est là le sens authentique de l’autonomie de la volonté kantienne dans ses Fondements de la métaphysique des mœurs : la propriété qu’a la volonté d’être à elle-même sa loi, une loi qui doit dans sa nature morale valoir pour tous – une loi qui fasse monde, ce choix opéré par la raison pratique est donc une subordination du sujet à sa propre loi, le sujet fait le choix de se soumettre à ses propres maximes, choix rationnel intemporel insondable et inexplicable qui diffère et est indépendant des choix de notre quotidienneté, entre désirs et besoins, disons nos inclinations sensibles ou dira-t-on du quotidiens) est simplement et avant tout une qualité constitutive de la nature humaine (elle est plus pratique que contemplative).

La nature humaine est une conceptualisation davantage théorique visant à spécifier ou à singulariser notre espèce des autres (ce qui n’implique pas nécessairement que notre espèce soit supérieure à d’autres, mais peut-être que du fait de certaines caractéristiques inhérentes qu’elle a des responsabilités envers les autres – ça c’est un autre débat).

La nature humaine de façon générale est un éventail de qualités considérées comme intrinsèques à notre espèce, et de ce fait que l’on la retrouve partout chez tout membre de notre espèce homo sapiens : l’humanité. Ces qualités ou ces caractéristiques sont nombreuses (tant sur le plan philosophique que physiologique, biologique – génétique notamment) : la conservation de sa personne qui fonde la sacralité de la vie humaine (principe qui construit une éthique d’un type universel), le besoin de se singulariser (qui dit la construction d’une identité différente de celle des autres, une conscience de cette singularité par rapport aux autres), le besoin de préserver son intégrité physique et mentale (qui dit le besoin d’un environnement de paix et de sécurité et introduit les questions relatives à la politique, au pouvoir, à la gestion des interactions entre les individus, la construction d’une communauté ou d’une société, etc.), le besoin et la conscience d’exercer sa volonté (ou comme le dirait Joseph Fletcher, la conscience et le contrôle de soi, la conscience du présent du passé et du futur, la conscience du sens du présent du passé et du futur) qui introduit aux notions du langage, de l’histoire, des croyances (de toutes sortes, spirituelles par exemple), le besoin et la conscience d’interagir avec son environnement qui dit une volonté d’ordonnancer, de structurer, à la fois une telle interaction qu’un tel environnement (ce qui suggère aussi l’existence d’une intentionnalité aux visées téléologiques), etc.

Comme Locke dans son Of Identity and Diversity le disait : une personne est un être intelligent pensant, qui a raison et réflexion, et qui peut se considérer soi-même comme soi-même, la même chose pensante en des temps et des lieux différents. On compléterait sans doute cette définition en ajoutant qu’une personne humaine est aussi un être appartenant du fait de sa nature biologique à l’espèce humaine (homo sapiens) qui a conscience de soi, a eu conscience de soi, a la possibilité d’avoir conscience de soi.

Or, la conscience de soi est liée à l’exercice de la raison, la raison est ainsi clairement le propre de l’être humain et c’est elle qui fonde la personne lockéenne – en gros, ce Je suis. La personne rend possible la construction d’une personnalité, la personnalité est une singularisation du ce que (nature semblable) produisant du qui (nature différente). La personnalité c’est ce Je suis (un affirmatif commun à tous les êtres humains) qui (le Soi qui est dans ce sens psychologique l’ensemble des perceptions que l’individu entretient avec lui-même) je suis (un étant à nul autre pareil) – c’est-à-dire moi, la personne c’est ce Je suis (un affirmatif commun à tous les êtres humains) ce que (l’identité catégorielle) je suis (un étant d’appartenance catégorielle) – c’est-à-dire un être humain.

 

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Dès lors, un bébé est a priori et il est difficile de le contester : une personne humaine (un fait biologique qui le catégorise comme membre de l’espèce homo sapiens – ce que, donc à la nature humaine, et une possibilité de conscience de soi inhérente même à cette appartenance – un qui possible).  Un handicapé mental aussi, c’est une personne humaine qui peut ou non ou à de divers degrés avoir une conscience de soi, conscience  d’être, exercer sa raison. Est-ce pour autant que le bébé, le handicapé mental, le comateux, a une dignité humaine (puisque d’après ma proposition de sens, l’être humain est une autonomie de la volonté fondant la dignité humaine, ce qui implique que sa valeur et son respect sont absolus)? 

Je te répondrai oui en adoptant deux approches sur un plan purement abstrait, en écartant la caractéristique biologique comme condition de l’être humain, et en maintenant celle de la conscience de soi comme condition de la personne humaine. C’est Pannenberg dans son Person und Subjekt qui me permet de présenter la première approche : une personne est cette présence du soi dans l’instant du je.

Dans cette idée, en retenant un aspect particulier, je te dirai la personne est d’abord pensée comme relation (à autrui). Du moment où en tant que personne humaine, être rationnel, être raisonnable, j’ai conscience de cette présence d’un soi autre, il importe peu que ce soi ait effectivement (ou non) conscience de lui-même (ou qu’il ait véritablement une conscience de soi), qu’il exerce ou non sa raison, qu’il soit une autonomie de la volonté, pour que du fait de sa simple présence j’ai conscience de lui comme un soi dans cet instant du Je (par exemple, je n’ai pas besoin de vérifier que tu es réellement une autonomie de la volonté pour que par ta présence je prenne conscience que tu es un Je autre que moi). Ce simple fait d’avoir conscience qu’il est un soi comme soi et en dehors de soi, établit sa dignité humaine. 

La conscience d’autrui c’est avoir connaissance de cette présence d’un soi autre. La connaissance dit l’expérience, la présence est l’origine de cette expérience. Le Je ne précède ainsi toute expérience, il n’est pas transcendantal, le Je se fait dans l’expérience ou à partir de l’expérience. Le Je est le produit de l’expérience et de la réflexion découlant de cette expérience. C’est le soi (comme totalité de l’existence propre, de l’existence singularisée – par l’individu lui-même) en intégrant le Je issu ou transformé (ou les Je) par l’expérience (les expériences) qui est le siège de l’identité (le Je verbalise ou dit la présence du soi dans l’instant). L’unité d’une identité (comme un contenu de sens et de significations construit par l’individu à partir duquel il se singularise d’autrui et qu’il singularise autrui) est dans le soi, pas le Je.  En ce sens, le soi est stable (comme totalité de l’expérience de l’individu de lui-même), mais son contenu est évolutif. C’est cette stabilité de la totalité récapitulative des expériences du Je et tous ses instants qui est continuelle, maintenue dans le temps. Le soi fournit un sens général de notre identité à nous-mêmes – ce qui nous singularise, et un sens spécifique de notre identité à autrui – qui nous rend moins anonymes ou qui nous détache de la masse des anonymes pour affectation précise. Mais ce n’est pas le sens qui est stable mais seulement sa nature récapitulative des expériences.

Bref, tout ça pour dire, la personne est d’abord cette présence du soi (d’autrui) dont je prends conscience. Or, cette présence du soi (d’autrui) me renvoie à ma propre conscience de soi (il y a là une altérité), je ne peux être ainsi personne qu’en présence d’autrui qui me renvoie à ma propre qualité d’être. Comme le formule Hegel dans ses Leçons sur la philosophie de la religion : j’ai ma conscience de soi non pas en moi-même, mais dans l’autre. J’ignore si l’autre, le bébé ou le handicapé mental est comme autre hors de lui-même, s’il a conscience de soi seulement en moi, mais ce que je sais c’est que sans cette présence je n’aurai pas conscience de moi-même, dès lors cette présence m’est indispensable pour ma propre conscience de soi, donc elle doit être conservée. Le bébé, le handicapé mental, sont des présences devant être préservées (il n’est pas question de dignité humaine, juste de la nécessité d’une présence autre que soi pour être soi-même). Comme le fait remarquer Hegel dans ses Principes de la philosophie du droit : C’est le caractère de la personne, du sujet bien plus, que de renoncer à son isolement, à sa particularité. La valeur morale consiste justement à renoncer à sa personnalité particulière, pour l’étendre à l’universalité. Ce qui est vrai de la personnalité, c’est qu’on la conquiert en la plongeant, en étant plongé dans l’autre. 

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Bref, tu peux re-répliquer en relevant plusieurs erreurs confusions ou insuffisances dans mon raisonnement, ou m’opposer des cas qui invalideraient toutes mes propositions de sens qui comme tu le vois sont davantage des justifications d’un point de vue idéologique ou d’une conviction idéologique. Je ne suis pas neutre, ni vraiment impartial, ni totalement objectif. Un peu comme toi tu l’es, ça c’est un fait indéniable qui vaut pour tout le monde (nous sommes toujours pluggés quelque part, localisés idéologiquement quelque part, et à partir de ces lieux et espaces, ses univers de sens et significations que nous regardons et analysons le monde, les autres, que nous appréhendons l’existence). Et vois-tu c’est ce que je trouve fascinant. Riche. Excitant et emballant. Et il est probable qu’à la fin de cette discussion, je t’invite à baiser. Une façon de finir dans l’apothéose.

Bref, tu es une autonomie de la volonté, que ce n’est pas parce que tu te définis moins ou pas comme une autonomie de la volonté qu’en fait tu cesses de l’être (en toute logique on peut décider d’être identifié comme un animal, mais ils incombent aux autres qui croient que non un être humain reste un être humain tout en respectant l’autre agissent en conséquence de sa nature humaine). Dès lors, éthiquement parlant, mon devoir (absolu) de te respecter en tant que tel ne cesse, et toi tu as la même obligation car je suis comme toi une autonomie de la volonté, donc que tu ne veuilles pas être vu comme ça n’enlève rien que moi je le suis, donc tu dois me traiter en conséquence. Le respect est dans la thèse kantienne le véritable sens moral dans lequel tout individu fait l’expérience d’être soumis à une loi qui le dépasse bien qu’il l’ait choisi (qu’il en a fait une loi morale, qu’il en soit le dépositaire). Dans sa Critique de la raison pratique, Kant dit du respect qu’il humilie la présomption car il rend impossible le fait de transformer son égoïsme en loi universelle. La loi morale doit pouvoir être valable pour tous et en tout temps (c’est pourquoi une loi morale comme mentir c’est bien, mentir c’est mal, ne peut être une loi morale, cela n’est pas valable pour tous et dans toutes les circonstances), et la seule loi morale qui soit véritablement respectable et universalisable est la dignité humaine. 

 

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Kant ne croit pas que le respect moral se fonde sur l’altérité des personnes, le respect de la présence de l’autre, ce soi en dehors de soi et dans l’instant du Je, ce n’est pas le visage (comme l’affirme Levinas) ou la face – cette présentation de soi (dans la thèse de Goffman) qui fonde pour lui le respect moral (personne n’est moralement obligée au respect du visage ou de la face d’autrui, aucune institution aucune souffrance aucun être ne suffit à susciter le respect moral, un visage ou une face peut susciter de la compassion ou de l’admiration mais il ne s’agit pas de morale, comme l’observe avec justesse Foessel dans sa défense de la pensée kantienne face aux accusations d’un excessif rigorisme moral, de sa prétendue insensibilité aux situations de fragilité et de vulnérabilité contemporaines des individus, d’un point de vue moral il ne faut pas respecter ce que l’autre est ou prétend être mais ce qu’il doit et peut être moralement – cf. Foessel dans son Kant ou les vertus de l’autonomie paru dans la revue Etudes (Tome 414, pp. 341-351) en 2011

Il y a ainsi un respect moral que je t’impose, il vient de la loi morale fondant la dignité humaine que librement et en toute rationalité j’ai choisi de m’y assujettir (donc d’être véritablement libre), il ne dépend pas des déterminismes sociaux ou de mes inclinations sensibles, à mon désir ou à mon besoin (ou de ce qu’il conviendrait sans doute de nomme mes préoccupations utilitaires, cette moralité kantienne m’empêche de céder aux tentations d’esthétisation de l’agir ou de la marchandisation du comportement supposé ou présenté comme éthique bon moral, d’échapper aux créations du Je de tous les instants), il ne dépend pas de ta face ou de ton visage, du fait que tu sois pauvre ou riche, vulnérable ou fragile, cette loi morale (une morale de responsabilité sans culpabilité) dicte un devoir qui est un impératif moral catégorique.

Cet impératif construit une éthique particulière : le déontologisme (qui est opposé au conséquentialisme). L’autonomie de la volonté c’est partir du singulier vers l’universel (c’est seulement ainsi que véritablement je peux avoir accès à la morale, une morale objective et réellement légitime). C’est faire le choix de l’universel plutôt que du singulier (qu’est l’individualisme militant, l’illusoire indépendance de l’esthète, qui ne sont rien d’autre au fond qu’une projection dans l’extériorité de l’intériorité du sujet ou d’une traduction manifestée dans l’extériorité de l’intériorité du sujet, ils ne sont dès lors pas vraiment éthiques, ce sont des prétextes qui cachent mal l’assouvissement de besoins somme toute égotiques, ou de désirs égoïstes). Je n’ai pas à chaque fois à me connaître pour agir bien et juste, à céder aux injonctions particulières de mon intériorité (comme la compassion, l’amour, etc.) pour agir bien et juste. Mon action morale ne me procure donc aucun plaisir, aucune satisfaction, rien, je n’en tire aucun profit, il n’y a pas d’hédonisme ou de rentabilité dans cette action morale, seulement observer une loi morale, point.

En tant que sujet moral d’un type kantien, par le caractère universel de la loi morale que je me suis choisi (universel car elle est valable pour tous, indifféremment de sa propre subjectivité, une loi morale que tout voudrait – la dignité humaine), je rends sans que cela soit mon intention initiale (que cela ne fonde la raison d’un tel choix) mes actions compatibles à l’édification d’un monde de justice et de paix perpétuel, le seul qui puisse satisfaire tous les individus. 

Au fond, vois-tu, en pratique, comme de manière abstraite, nous sommes toujours dans l’impossible séparation absolue de l’être et du doit-être.

Interpréter l’autre, c‘est à la fois un fait d’être et une injonction à être, à faire de telle manière, de se comporter de telle façon.

Le réalisme qui se veut souvent comme des propositions de ce qui est réellement est de manière consubstantielle un idéalisme, il n’est pas totalement réaliste, c’est souvent une construction mentale, un être et un devrait-être, un devoir-être. Bref, le réalisme n’est pas réaliste. Je le dis comme une provocation, que veux-tu, on ne change pas le trou du cul

 

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Voilà, même si je me trompe sans doute dans mon regard de tout ça, je t’emmène au vent, dans l’être et le devoir-être, le devrait-être, en te parlant de Sabine, et du fait que la Magical Lady est en fait simplement un être humain, une dignité humaine, et ça en soi cela est une valeur absolue. La loi guillotine de Hume est un truc quand il s’agit de l’humain de très comment te le dire, bref tu le devines. Le dualisme : tu es et tu dois être ou tu devrais être, est consubstantiellement en parlant d’humain peu pertinent à maintenir, sans tout confondre (question de clarté, de précision, voire d’objectivité). 

Voilà je t’emmène au vent, entre le sein et le sollen du dualisme kantien repris par le normativisme kelsénien, entre le réalisme et l’idéalisme, l’empirie et le rationalisme, le monde sensible ou phénoménal et le monde nouménal ou idéal, le monde supra-sensible ou en lévitation au-dessus du monde des phénomènes en action. Je t’emmène loin de la philo des philosophes, et de la philo des philosophes d’autres mondes, entre rationalisme, positivisme, abstraction(s) dans les univers idéels, constructivisme, structuralisme, interactionnisme symbolique, post-structuralisme, post-positivisme, nouveau réalisme, monde post-westphalien, monde post-hobbesien, post-moderne, système-monde,  et tous les putains d’ismes que tu trouveras.

Je t’emmène au vent, et pour toi c’est à la fois du vent et absolument rien. Rien du tout.

Ce rien du tout, vois-tu, c’est mon monde. Je suis et je ne suis que de ce monde. Et quand je parle aux autres, souvent, je suis dans ce monde. C’est pourquoi nous ne nous comprenons pas. Nous ne partageons pas le même langage, nous n’avons pas le même vocabulaire, nous ne sommes pas présents dans des errances où chacun de nous est localisé dans un univers de sens et de significations que l’autre ne comprend pas, inversement. Je suis du rien du tout, et toi de quelque chose, il faudrait à un  moment que l’on se trouve une façon de se parler, de se comprendre, de s’interpréter mutuellement adéquatement. C’est ce qui s’est passé avec Sabine. Sabine et moi nous étions dans des univers différents.  Et comme tous les grands classiques de mon existence, ce ne fût point joli-joli. Aujourd’hui, j’offrirai des fleurs et du chocolat à cette Sabine singulière qui m’est, padawan et être humain de mon état,  indispensable. 

 

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Sabine et moi, nous avons trouvé une façon de faire avec. De nous ajuster. De nous demander au-delà du préconçu  « C’est qui cette Sabine ? » « C’est qui ce Dave ? », finalement aujourd’hui lorsque je parle à Sabine c’est avec un si grand amour. Cela me semble couler de source.

J’ai appris avec elle comme avec les autres une chose essentielle dans les relations humaines : sortir de son univers de sens et de significations, entrer dans celui de l’autre. Comme une ancienne collègue me dirait : « Facile, mais si l’autre ne te donne pas accès à son univers, tu fais quoi ?! » A quoi je dirai : « Peut-être parce que par ton attitude, ou que sais-je encore, tu ne l’as suffisamment sécurisé pour qu’il/qu’elle se sente en confiance ».

L’auto-critique est quelque chose de fondamentale, c’est d’abord retourner les affects contre soi et non les diriger vers les autres (ce qui peut être d’une certaine violence pour eux/elles), c’est revoir ou passer en revue sa propre action et de l’analyser avec beaucoup de lucidité, d’objectivité, et de tirer des leçons afin de s’améliorer. Au pire, tu reprends contact avec l’autre et vous vous expliquez (la vie en fait comme tu le sais est compliquée, mais il n’est pas nécessaire d’en rajouter, certaines choses sont très simples : oser, par exemple). 

En revenant à la confiance, de son rôle dans le fait de s’ouvrir à l’autre, je te dirais ce que j’en pense. La confiance ou le sentiment de pouvoir faire confiance à l’autre est cruciale dans toute interaction humaine, c’est un truc instinctif, le rationnel peut te dire une chose, le truc qui te vient des tripes le contraire, je te dirais : suis tes tripes. Il y a un truc que ton cerveau, ta logique, ta rationalité, ne peut saisir et que tes tripes voient ou ressentent comme un indicible, une chose illogique. Certaines personnes parlent de feeling, je te dirai simplement d’intuition.

L’intuition est le meilleur guide dans des situations où les choses sont tellement complexes que tu n’en vois pas le bout, ou que tout est flou. J’ai toujours suivi mon intuition, cérébral que je suis. Même si j’avais toutes les raisons logiques, bien pensées, bien structurées, bien rationnellement élaborées, de faire un truc.

En ce sens, karlita a raison on ne voit bien qu’avec le cœur. Je te dirai on ne voit bien qu’avec ses tripes, son âme, cette chose identifiable qui te saisit comme rien d’autre et qui te fait sentir le réel – voire de le regarder autrement.

Ce n’est pas le cœur, le cœur est une impulsion (je veux dire quelque chose de spontané, quelque chose qui relève du désir, le cœur ne voit pas – il vibre,  au diapason avec soi et avec ce que le soi d’un autre nous présente comme face, le cœur est d’abord ce que l’on espère du plus profond de nous et qui cherche comme ça inconsciemment les signes dans notre extériorité de ce que nous désirons dans notre for intérieur), ce sont les tripes qui ne sont pas une réaction impulsive ou une perception pulsionnelle, les tripes te disent ce que le cœur faible qu’il est, corruptible qu’il est, ne te dit. C’est en suivant mes tripes que j’ai pu regarder différemment Sabine. Et j’ai pu constater qu’au fond elle était magique.

Sabine est magique. Je le lui ai dit ce matin. Dire aux autres le bien que l’on pense d’eux ne coût en soi rien – ça aussi je l’ai si souvent dit, et apporte beaucoup plus. Mais tout le monde n’est pas d’accord. Je comprends et respecte cela. Il faut de tout pour faire un monde, dit-on. Je suis de ceux qui sont d’accord. Et j’te le dis Sabine est un ensoleillé moment même quand le temps est grisâtre, même quand il n’y a plus rien. Je ne l’ai pas dit à Sabine, je l’ai écrit différemment.

J’aurais aimé te faire un portrait de Sabine façon 50 nuances de dave. Mais, cela m’est impossible, hormis nos brefs échanges, nos rares rencontres furtives, je ne la connais pas. Je n’ai pas eu l’opportunité véritable de la regarder avec le cœur, je l’ai ressentie avec mes tripes. Mais, le peu que je puisse en dire m’oblige à l’écrire avec tous ces mots inutiles.

Il est en soi inutile de parler de Sabine. Elle n’en a pas besoin. Il n’est pas nécessaire de parler de Sabine, il suffit de lui envoyer un courriel pour s’en rendre compte. Alors je te le dirais : écris-lui comme tu te parles à toi-même, parle avec tes tripes et après tu pourras éventuellement compléter, ajuster, rectifier tes perceptions, venir me dire ici tout mon ressenti qui vient de mes tripes est ce que toi aussi tu as ressenti ou pas. Ici, c’est à toi aussi. Toi gentleman magique, toi lady magique, comme Sabine magique.

Ceci n’est pas un portrait, ceci n’est pas une nouvelle postmoderne, ceci je ne sais pas ce que c’est. OoPArt. Un objet pas à sa place. Mais qui est. Comme tel. Et c’est Sabine.

 

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